• Comment s’est préparé ce coup de filet ?
Dans un premier temps, il a fallu regrouper les informations des différents services de police judiciaire, ainsi que les témoignages récoltés auprès de la population lors des appels à témoin. Une fois qu’une liste de suspects a pu être établie, il revenait aux juges d’instructions d’arrêter une date en vue d’une interpellation.
• Quel est votre sentiment sur cette opération ?
Pour être franc, je ne m’attends pas à ce que la majorité des interpellations débouchent sur des réponses judiciaires, à la hauteur de ce que prévoit le code pénal. Je suis lucide sur ce point-là, et je suis loin d’être le seul. De ce que je peux constater tous les jours dans le commissariat dans lequel je travaille, je pense que 80 % des interpellés seront relâchés, une dizaine seront peut-être placées sous contrôle judiciaire. Il est possible qu’une ou deux personnes, si elles sont formellement identifiées comme ayant tiré sur des policiers avec une arme à feu, seront poursuivies.
• Pensez-vous que les personnes interpellées se sont mis d’accord sur des déclarations à apporter en cas d’arrestation ?
Bien sûr. Ils ont près de deux mois devant eux pour se préparer à d’éventuelles questions, et ont déjà tous un alibi. Si on ajoute à cela, que certains jeunes, connus des forces de l’ordre pour divers délits, sont déjà passés devant des juges pour diverses infractions, et que pour la plupart, il n’ont pas été condamné à hauteur de ce que prévoit le code pénal… C’est sûr qu’ils sont sereins.
• Vous ne croyez pas à une réponse pénale à hauteur des textes ?
Pour que cela arrive, il faut un appui fort du politique, suivi par la suite par d’un fort engagement de la justice. A ce moment-là, peut-être qu’effectivement les sanctions seront à la hauteur de ce que prévoit les textes. Sinon, les suspects sortiront au bout de 48 heures de garde-à-vue, au mieux avec un sursis, et puis la parenthèse se refermera. C’est triste, mais c’est comme ça.
• Que vous inspire la forte présence médiatique vu ce matin lors des arrestations ?
Je pense que c’est un leurre. Et le politique n’est pas étranger à cela. Depuis les émeutes de novembre 2007, tous les services de police – exception faite des services de Brigade anti-criminalité (BAC) qui interviennent en civils- ont l’interdiction formelle de pénétrer dans ces cités là. Une interdiction ferme. C’est-à-dire qu’aujourd’hui,à Villiers-le-Bel, on se contente de faire le tour sur la nationale 16, sur l’avenue des Erables, et sur l’avenue Pierre Sémard. En gros, on contourne la cité de Villiers-le-Bel sans y pénétrer. Résultat, cela fait deux mois qu’il y a une recrudescence de vols de sacs à main, de voiture, ou de cambriolages, et il n’y a pas de réponse. Dans ces conditions, on peut dire que cette cité est une zone de non-droit.
• Etes-vous pour la présence des caméras lors de ces interventions ?
Personnellement, je pense que ce n’est pas une mauvaise chose. C’est aussi le rôle des médias de transmettre les informations. Tout le monde regarde la télévision. Donc, si certains délinquants, se rendent compte que les forces de l’ordre peuvent intervenir avec force à la suite d’émeutes, ça va peut-être en dissuader certains. Si l’opération s’était déroulée dans le plus grand secret, quelques jeunes pourraient se dire qu’ils peuvent tirer sur des policiers sans rien risquer.
• Vous estimez-vous pas suffisamment soutenus par votre hiérarchie ?
Très clairement oui. Il y a trois jours, des collègues ont subi un mouvement de foule à Goussainville (Val d’Oise). Une cinquantaine de jeunes avaient mis le feu à deux voitures et trois poubelles au milieu de la route. Quelques minutes plus tard, nous arrivons sur place. Entre les CRS présents et les autres fonctionnaires de police, nous devions être une cinquantaine, équipés et prêt à intervenir. Et bien le message radio à été : « peu importe le nombre de véhicules et de poubelles incendiées, vous ne pénétrez pas dans la cité ». Nous nous sommes tous regardés avec un air halluciné. En clair, cinquante jeunes d’environ 15 ans qui mettent à sac un quartier entier, et nous, on regarde, avec ordre de ne pas pénétrer dans la cité. Il ne faut pas rêver, jusqu’aux élections municipale, ça va se passer comme ça. Toute la hiérarchie prend des parapluies, personne ne veut se mouiller et rendre de comptes. Et nous, qu’est ce que l’on peut faire en attendant ?
* : le prénom à été modifié
Métro
Trafic de cannabis : six ans de prison pour le principal fournisseur
Dans son délibéré, le tribunal a décidé de suivre les réquisitions du procureur pour un seul des vingt et un prévenus, le principal. Mehdi Yaya, 24 ans, a été condamné, hier après-midi, à six ans de prison, pour avoir fourni en résine de cannabis un vaste réseau concernant les communes de Feurs, Boën et Le Chambon-Feugerolles.
Au total, le procureur avait estimé l'ampleur du trafic, qui s'étalait de courant 2004 à octobre 2006, à 300 kg, « qui sont tous passés par vous, au dernier gramme près ».
Les frères Zenia, de Feurs, ont vu la peine requise à leur encontre - six ans - sensiblement réduite par le tribunal. Akim Zenia devra ainsi purger une peine de quatre années d'emprisonnement, tandis que son aîné, Naguib, a été condamné à cinq ans d'incarcération. Ce dernier avait été particulièrement chargé par plusieurs prévenus lors des deux jours d'auditions, notamment par ses deux lieutenants, Mickaël Momey et Mickaël Dupuy.
Tous deux écopent de vingt-quatre mois d'emprisonnement, dont dix-huit assortis du sursis.
Du côté du secteur de Boën, des peines de prison ferme ont également été infligées à Hicham Oubardane, qui écope de trois années d'emprisonnement, et à Tarik Bhailik, condamné lui aussi à une peine de trois ans de prison, dont un an assorti du sursis. Un autre protagoniste de l'affaire, Sébastien Ceaux, comparaissait quant à lui doublement : il a écopé de vingt-quatre mois d'emprisonnement, dont douze avec sursis dans le cadre du trafic de stupéfiants, auxquels s'ajoute un autre mois de détention, pour outrage et dégradation volontaire.
La plupart des autres condamnés dans le cadre de ce trafic le sont à des peines de prison avec sursis.
Quand les Orléannais approvisionnaient Besançon
Un banal excès de vitesse avait permis de mettre un terme à un réseau de trafic de cannabis
Au début de la décennie la « demande de shit » était forte sur Besançon assurait on alors dans les milieux « autorisés ».
Fort de ce tuyau un groupe de dealers Orléanais s'était mis en tête de participer à approvisionnement de la capitale comtoise. L'enquête ultérieure leur attribue au moins 5 voyages portant chacun sur plusieurs kilos de résine de cannabis. Mais catastrophe pour la petite entreprise » le 28 janvier 2001.
Un peu trop fougueux, le conducteur de la voiture qui transportait « seulement » deux kilos de haschisch fait un excès de vitesse et franchit une ligne blanche. Ceci sous les yeux des gendarmes entre Besançon et Saint-Vit. Une poursuite s'engage, le chauffeur et ses complices abandonnent la voiture et sa cargaison à Saint-Vit. Billel M. 20 ans à l'époque est rattrapé et ses clients bisontins, tous âgés d'une vingtaine d'années, tombent les uns après les autres.
Chez l'un, les gendarmes découvrent 9 kilos de cannabis et des pilules d'ecstasy. Trois autres kilos ailleurs. 7 ans plus tard d'une instruction interminable ils se retrouvent à 6 devant le tribunal pour minimiser leurs rôles respectifs. Le pilote de la voiture pris en flagrant délit ne reconnaît qu'un voyage alors que les témoignages des autres protagonistes en évoquent 4 ou 5.
« On a raconté ce qu'on nous demandait de dire » assurent ils aujourd'hui en substance. Samia, soeur du « pilier de la constellation familiale » selon le procureur, affirme tout ignorer des 9 kilos trouvés chez son compagnon de l'époque. Un système de défense qui n'a pas une seconde convaincu les magistrats. Les 3 principaux protagonistes écopent de peine de 18 à 30 mois de prison.
Qu'ils ont déjà en grande partie purgés en détention provisoire.
Trafic de stupéfiants: le «réseau» de la place Voltaire
Place Voltaire, rue Paul-Bert, place Bahadourian, station de métro Masséna, le « Beau Bar » : lorsqu'une information anonyme leur parvient, en janvier 2005, c'est dans ce périmètre et ces lieux du troisième arrondissement de Lyon que les policiers de la brigade des stupéfiants de Lyon vont démanteler un très actif réseau de revente de résine de cannabis. Ici s'échange la drogue, ici ont lieu les transactions, ici encore se rencontrent les « correspondants » des trafiquants présumés, au premier rang desquels Messouad Chabi. Suivra une vague d'interpellations. Hier, les uns et les autres se retrouvent devant le tribunal correctionnel de Lyon pour répondre de trafic de stupéfiants. Trois garçons comparaissent détenus, dont Messouad Chabi. Les neuf autres prévenus sont sur les bancs.
Selon l'accusation, de janvier 2004 à novembre 2006, 114 kg de résine de cannabis ont été écoulés par le réseau. C'est un mystérieux « Djamel », à Vénissieux, qui fournissait le cannabis. De lui, on n'en saura pas davantage. Mais son rôle est attesté par Saïd Lebaar, l'un des trois détenus. Lequel précise avoir acheté le cannabis par lots de 15 kg pour un montant moyen de 24 000 euros. Le garçon avoue huit transactions. Ces lots, poursuit-il, il les revendait à son frère, Hadil Lebbar, également détenu. Après avoir prélevé sa « commission » - environ 3 000 euros -, Saïd ne s'occupait plus de la marchandise et laissait son frère négocier les fameux lots. « Je revendais à mon frère Hadil, il était mon client » répéte Saïd Lebbar. Le garçon n'a jamais varié dans ses déclarations. Devant le tribunal, il admet les faits qui lui sont reprochés. Et c'est à son corps défendant qu'il doit jouer un remake des « Frères ennemis ». Car Hadil Lebbar, lui, conteste tout trafic. Son train de vie, les belles voitures, les enfants à l'école privée, tout cela, à l'en croire, était rendu possible par des ressources occultes : un négoce de voitures avec l'Allemagne, mais encore le commerce souterrain de vêtements et de parfum. Non, décidément, son frère a tort d'en faire un trafiquant.
Présentés comme les principaux revendeurs, Achraf et Oussama Aboulkabila volent également à son secours après l'avoir pourtant « mouillé » devant les enquêteurs. Cette transaction de 20 000 euros avec Hadil émergeant des investigations ? « C'était pour des vêtements » laisse tomber Aboulkabila, à la barre. Il y a encore là un vieux patron de bar dont l'établissement servait peu ou prou de QG à l'équipe. Et puis les petites mains. Tout un petit monde qui éprouve bien du mal à solder les comptes. Reprise des débats à 9 heures.
Drogue: quatre ans de prison pour le passeur international
A la mi-décembre, les gendarmes de tout Rhône-Alpes avaient monté une grande opération. Visés ? Les voleurs de fret, souvent très actifs avant les fêtes. Et c'est ainsi que l'imposant dispositif avec 80 gendarmes et des gardes-mobiles se mettait en place pendant la nuit, avec en particulier des contrôles aux péages autoroutiers.
Jalal Bouibat n'avait rien d'un voleur de fret, mais avait d'autres choses à se reprocher. A 3 h 30 du matin, le capitaine Mainfroi et les hommes de l'EDSR le contrôlaient à la barrière de la Boisse. Dans son coffre, ils tombaient sur 26 pains de cannabis représentant 22,5 kg. Si le Marocain domicilié en Belgique a dans un premier temps nié connaître ce qu'il transportait, il a finalement fini par avouer transporter la cargaison entre l'Espagne et Bruxelles.
Présenté une première fois en comparution immédiate au tribunal correctionnel de Bourg, il avait demandé un délai pour préparer sa défense. Une défense pas aisée, puisqu'aucun de ses proches n'a jugé bon de contacter son avocat. Lundi, un défenseur commis d'office a donc pris le relais au vol. Mais pour le passeur, la quantité transportée ne pouvait lui permettre d'espérer une grande clémence du tribunal. Il a finalement été condamné à quatre années de prison dont une avec sursis et maintien en détention à l'issue de l'audience.
Assises du Rhône: Un braquage reconnu sur sept
Durant trois jours Aoucine Bouakkaz, 44 ans, et Johnny Proton, 37 ans, auront à répondre devant la cour d'assises du Rhône d'une série de vols à main armée commis au cours de l'année 2004 au préjudice de commerces de récupération de métaux, de vêtements ou de moyennes surfaces de la région lyonnaise notamment à Vénissieux, Mions, Saint-Priest ou Saint-Bonnet-de-Mure. Des braquages réalisés à l'aide de voitures volées. Si les deux accusés, toxicomanes, reconnaissent les faits du 14 décembre 2004, ils persistent à nier les autres hold-up antérieurs malgré les « similitudes » relevées par les enquêteurs à la fois sur le mode opératoire et leur reconnaissance par les témoins lors des attaques où l'un était armé d'un fusil de chasse et l'autre en retrait était détenteur d'une arme de poing. Les recherches n'ont pas pu aboutir à l'identification d'un troisième homme présent lors de certaines opérations. Si aucune trace ne figure au casier judiciaire de Proton, il n'en est pas de même pour Bouakkaz condamné à 9 reprises notamment pour vols aggravés.
Le Progrès