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Militaires, chars et véhicules blindés ont sillonné, dimanche 2 mars, la capitale arménienne, Erevan, au lendemain d'affrontements violents entre manifestants de l'opposition et policiers qui ont conduit à l'introduction de l'état d'urgence et à la mort de huit personnes tuées par balles (sept civils et un membre des forces de l'ordre).
Officiellement, 131 personnes ont été blessées et une cinquantaine d'opposants ont été interpellés. Des témoins présents lors des affrontements, contactés par téléphone à Erevan, affirment que le nombre de blessés pourrait être plus grand. Il s'agit des pires troubles qu'ait connu l'Arménie, petite république voisine de la Turquie, de la Russie et de l'Iran, depuis les manifestations de l'hiver 1997-1998 qui aboutirent au départ du premier président postsoviétique, Levon Ter-Petrosian.
En retrait de la politique depuis 1998, M. Ter-Petrossian, qui fut l'idéologue du mouvement national arménien à la fin des années 1980, est réapparu en tant que candidat à l'élection présidentielle du 19 février contre le premier ministre Serge Sarkissian, dauphin du président sortant, Robert Kotcharian.
Arrivé en deuxième position, avec 21 % des suffrages, contre M. Sarkissian, donné vainqueur avec 53 %, Levon Ter-Petrossian n'a cessé de dénoncer les irrégularités du scrutin. Ses partisans réclamaient l'annulation de l'élection ainsi que des sanctions contre les responsables des fraudes. Le 29 février, Serge Sarkissian parvenait à négocier un accord avec d'autres forces politiques en vue de la formation d'un gouvernement de coalition.
Fort de cet accord, le pouvoir est allé au coup de force. Samedi à l'aube, les policiers ont dispersé le camp de toile installé par les opposants place de la Liberté. Un peu plus tard, l'annonce de la mise aux arrêts domiciliaires de M. Ter-Petrossian et de l'interpellation d'une dizaine de ses partisans a avivé le mécontentement.
Quelques heures après leur dispersion, des milliers de manifestants se sont de nouveau rassemblés, notamment autour de l'ambassade de France. La soirée du 1er mars a connu un crescendo dans la violence. Des tirs nourris ont été entendus. Les boutiques des avenues centrales d'Erevan ont été saccagées et pillées. Des véhicules des forces de l'ordre ont été incendiés.
"Toute tentative de participer à des manifestations, même les plus insignifiantes, sera contrée au nom de la stabilité du pays et de la sécurité", a mis en garde à la télévision le général Seïran Oganian, le chef d'état-major. En patrouillant, les militaires invitaient au haut-parleur la population à éviter tout rassemblement. L'imposition de l'état d'urgence jusqu'au 20 mars, par le président Robert Kotcharian, proscrit les manifestations et contraint les médias à ne diffuser que l'information officielle.
Le calme est revenu dimanche dans la capitale arménienne, mais Levon Ter-Petrossian a promis de poursuivre son combat. "Nous allons nous battre jusqu'à la chute de ce régime, nous n'avons pas peur de ce régime de kleptocrates et de criminels", a-t-il déclaré. "Nous pourrions organiser des manifestations dans d'autres villes proches d'Erevan, ce serait légal. Cette décision me revient", a-t-il ajouté.
L'opposition attend l'examen, la semaine prochaine, du recours déposé à la Cour constitutionnelle en vue de l'annulation du scrutin, validé par les observateurs internationaux. La présidence finlandaise de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a annoncé l'envoi en Arménie d'un médiateur pour "amener les deux parties à la table des négociations".
Le Monde