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Après "trente ans" de carrière, "je me vois dans une situation inédite", avait reconnu dans la matinée l'avocat général François-Louis Coste, dans un réquisitoire qualifié d'"exceptionnel" par l'avocat de la défense, Me William Bourdon.
Le corps de la petite Cady avait été retrouvé le 10 octobre 2003 dans le parc de La Courneuve quelques heures après que sa mère eut donné l'alerte sur sa "disparition". Une quinzaine de jours plus tard, elle avait avoué l'avoir étranglée avec la laine de son tricot.
En première instance, en juin 2006, "la cour d'assises de Bobigny s'est montrée indulgente. Cette indulgence a ému le ministère public qui a fait appel, le fait est rare", a observé M. Coste, le représentant au procès du ministère public, posant d'emblée comme question centrale: cette indulgence "est-elle démesurée?"
La peine prononcée est "assurément bien faible" et les vingt années de réclusion criminelle alors requises "n'étaient pas anormales", a-t-il considéré.
Toutefois, a-t-il nuancé, "les débats m'ont convaincu d'une chose: si la clémence a été vraiment grande, le principe de l'indulgence n'est pas injustifié tant il est vrai que le dossier n'est jamais qu'un instrument de travail et que seuls les débats font vraiment advenir la justice".
"Il me fallait ces débats pour comprendre le principe d'une indulgence", a renchéri M. Coste, touché par "les paroles, les regards et les souffrances tant des témoins que de la mère accusée".
Alors, "oui, dix ans, c'était faible, mais un verdict a été rendu", a-t-il conclu, ajoutant: à Bobigny, "j'aurais requis 15 ans, mais je dis aussi que le respect de la justice, de ses fonctions symboliques, font qu'il n'y aurait rien de choquant à ce que vous confirmiez" la peine.
"La justice, c'est ce qui permet d'ouvrir la porte à l'avenir", or depuis le premier verdict, "un retournement n'a-t-il pas été opéré?", a questionné François-Louis Coste.
Au cours du procès, l'accusée, une belle métisse de 32 ans aux longs cheveux tressés, a effectivement démontré qu'elle avait réalisé un énorme travail psychologique.
Durant quatre ans et demi en prison, "je crois avoir chassé mes deux grandes peurs", peur de l'abandon et peur des coups, a dit la jeune femme, marquée par de nombreux événements: brimades de sa belle-mère, deux avortements, dont l'un à 13 ans, mort de son père à 15 ans, suicide de son frère ou encore violences de son compagnon.
Extrêmement touchante, en perpétuelle recherche d'elle-même, la jeune femme a tenté d'expliquer comment elle était "morte puis re-née en prison", où elle a appris à s'ouvrir, elle qui s'était "suicidée par (s)a fille".
L'avocat général lui-même a reconnu la détresse qui l'avait amenée à tuer sa fille, avec qui elle partageait une relation fusionnelle: elle "culpabilisait", se disait qu'elle était "une mauvaise mère", pensait qu'elle "n'arriverait pas à la rendre heureuse".
Avant même que Me Bourdon ne plaide, M. Coste a exclu toute préméditation: "Est-ce avec un morceau de laine qu'on exécute un projet mûri de longue date ?"
Plus encore, il a balayé tous "les mystères" qui traînaient "derrière les traces de produits toxiques dans la trachée de Cady". Alors que des experts avaient évoqué un empoisonnement, il a fait ses propres recherches, dénichant un mémoire universitaire évoquant les sols toxiques du parc de la Courneuve qu'auraient pu aspirer l'enfant.
© 2008 AFP