| Le fric-frac a été découvert la veille par Charles Battistelli, employé à la Société Générale, le premier à être entré dans la salle des coffres.Il raconte la découverte du casse : 317 coffres fracturés et dans la salle, un vrai capharnaüm : photos intimes affichées, sol jonché d’objets divers, de bijoux de pacotille, ceux qui n’ont pas intéressé les voleurs. Les casseurs ont "signé" leur coup d’un mot collé sur une armoire : "ni armes, ni violence et sans haine"… Les policiers refont à l’envers le parcours des voleurs… Ils passent par un tunnel de 8 mètres creusé dans la roche, puis les égouts de Nice, puis la rivière souterraine du Paillon… Tout au long, le sol est jonché de matériel. Peu d’indices, mais une seule certitude, la logistique est sans précédent. Le casse a été fait par une grosse équipe, des bandits expérimentés. Une rafle est lancée dans le milieu marseillais. Certains voyous donnent un nom, celui d’Albert Spaggiari. Spaggiari, le petit photographe niçois, commence par nier …Il veut négocier ses aveux, il a des amitiés haut placées, il ne parlera que devant un grand personnage du ministère de l’intérieur. Maître Jacques Peyrat son avocat, actuel maire de Nice, assiste aux aveux de Spaggiari devant Honoré Gévaudan, l’un des plus importants flics de France. Spaggiari lui-même, filmé quelques années plus tard, alors qu’il est en cavale par une caméra de télévision, donne tous les détails du "casse" du siècle. Des mois de préparation, des semaines de travaux en sous-sol ; dans les égouts, les casseurs ont fini par apprivoiser les rats … Fanfaron, hâbleur, provocateur, Spaggiari devient pour l’opinion publique une sorte de mythe, mandrin qui vole les riches sans haine, ni violence et sans armes. Et pourtant l’homme est plus complexe qu’il n’y paraît. Le casse, il le revendique au nom d’une organisation chargée d’aider les fascistes du monde entier. Ancien d’Indochine, il a été membre de l’OAS et a même voulu assassiner de Gaulle. Depuis il continue à militer dans les mouvements nationalistes. Robert, son ami, l’a accompagné dans ses combats et ses errances. Après son arrestation, Spaggiari ne reste pas longtemps en prison. Le 10 mars 1977, Il s’évade par la fenêtre du bureau du juge d’instruction. Une évasion très facile, trop facile selon certains. A-t-il bénéficié d’aide de ses amis politiques, notamment d’anciens OAS proches du maire de Nice Jacques Médecin ? La polémique lancée par la presse de gauche permet la mise en ballottage du maire lors des municipales de 1977. Le juge d’instruction Richard Bouazis et Me Jacques Peyrat, se souviendront toujours de cette évasion et de ses conséquences. Spaggiari en cavale devient le premier "bandit médiatique". Il donne régulièrement de ses nouvelles à la presse, écrit des livres. Lassé de la cavale, ruiné, malade d’un cancer de la gorge, Spaggiari tente de négocier sa reddition… Mais il meurt en 1989, à 57 ans, en exil en Italie, après douze années passées à se grimer et à fuir. Sa compagne ramène elle-même le corps de Spaggiari en France. Il est enterré à Hyères, dans le Var. Devant les caméras de télévision, il avait pourtant demandé à être incinéré. |