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Le Premier ministre a entamé dans la soirée une visite de travail éclair à Washington par un discours devant l'American Jewish Committee, qui l'avait convié à son dîner de gala en qualité d'invité d'honneur.
S'inscrivant dans le sillage de Nicolas Sarkozy, qui avait effectué une visite officielle aux Etats-Unis en novembre, François Fillon s'est employé à son tour à réchauffer les relations entre Paris et Washington en relevant un défi qu'avait éludé le chef de l'Etat : s'exprimer en anglais.
S'armant d'un accent à la Maurice Chevalier, le Premier ministre s'est exprimé durant près d'une demi-heure devant plus d'un millier de personnes, une gageure saluée à plusieurs reprises par les applaudissements et rires de l'auditoire.
"Bien que mon épouse soit britannique, mon anglais reste encore...très français", a-t-il plaisanté. "Je ne vais pas seulement parler anglais pour vous être agréable, mais aussi parce que j'espère que vous serez séduits par mon accent français", a-t-il lancé.
François Fillon, premier chef du gouvernement français à se rendre à Washington depuis dix ans, a narré ses expériences de jeunesse dans la patrie de Lincoln et Jefferson, se souvenant d'"un dîner émouvant chez Ted Kennedy en compagnie de sa mère Rose", ou de "cette artiste un peu 'déjantée' de Denver qui m'entraîna au vernissage d'une exposition 'underground' à une heure du matin".
Passée l'anecdote, François Fillon a décliné la ligne atlantiste du nouvel exécutif français, une approche diplomatique dénoncée par l'opposition de gauche.
"La France se juge et se jauge souvent par rapport aux Etats-Unis, et je crois que les Etats-Unis ne restent jamais insensibles à la voix de la France", a-t-il souligné.
"SI VOUS AVEZ DES PROBLÈMES EN FRANCE..."
"Si vous et nous oscillons entre l'amitié absolue et la querelle épisodique, c'est parce que nous sommes fondamentalement attirés l'un par l'autre", a-t-il dit.
"Plus que jamais, les désordres du monde réclament une alliance solide entre nos deux nations", a estimé François Fillon.
Le Premier ministre, venu à Washington prendre le pouls de l'économie américaine et expliquer les réformes françaises, a insisté sur les "équilibres" à créer entre les économies américaine et européennes.
"La crise des 'subprimes' et ses conséquences sur les banques, l'évolution désordonnée des marchés sonnent comme un avertissement", a-t-il affirmé.
"Aujourd'hui, les Etats-Unis, la France et les autres grands Etats industrialisés se rejoignent sur deux idées forces : un besoin de réaction coordonnée et un effort pour améliorer la régulation et la transparence", a-t-il rappelé.
"L'excessive volatilité des changes, le niveau élevé de l'euro (...) constituent un risque pour nous tous", a-t-il dit.
Accompagné de la ministre de l'Economie Christine Lagarde et du ministre de l'Agriculture Michel Barnier, François Fillon rencontrera ce vendredi le président de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke, le secrétaire au Trésor Henry Paulson et le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn.
Stabilité financière, crise alimentaire, réchauffement climatique, conflit israélo-palestinien, nucléaire iranien, Afghanistan, Otan, défense européenne : le Premier ministre a égrené des thématiques présidentielles pour son baptême du feu diplomatique sur le territoire américain.
Il n'a pas hésité à évoquer son récent séjour à Val-d'Isère pour exhorter des Etats-Unis toujours aussi rétifs à épouser les objectifs du Protocole de Kyoto contre les émissions de gaz à effet de serre : "la semaine dernière, je skiais dans les Alpes sur un glacier qui aura disparu dans 15 ans".
Visiblement conquis par l'exercice, le directeur exécutif de l'American Jewish Committee, David A. Harris, a ouvert de nouveaux horizons à François Fillon, dont la cote de popularité dévisse : "si vous avez des problèmes en France, vous pourriez commencer une seconde carrière politique ici!"