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Bienvenue à toutes et à tous sur mon blog politique. Vous y trouverez mes textes ou ceux de mes collaborateurs, des articles intéressants, des munitions idéologiques, des blagues pour vous détendre un peu dans ce monde de brut, et quelques photos et imag

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Les momies des sables aux traits «europoïdes».


Au coeur du désert du Takla-Makan, des archéologues franco-chinois ont ressuscité d'extraordinaires momies aux traits «europoïdes». Des photos révélées pour la première fois par «Sciences et Avenir».

Pétarades en cascades, chapelets de feux d'artifices, en ce mois de février 2008, la Chine accueille le nouvel an lunaire. Place à l'année du rat ! Tout à leur fête de Printemps, la plupart des habitants Han (1) d'Urumqi, la capitale de la province du Xinjiang, à 4000 kilomètres à l'ouest de Pékin, ont déserté la ville pour rejoindre leurs familles aux quatre coins du pays. A l'Institut d'archéologie, travaillent quelques techniciens ouïgours, car nous sommes ici en Chine musulmane, dans l'ex-Turkestan oriental. Tandis qu'à l'extérieur la température atteint -28 °C, et qu'une neige mêlée de poussière de charbon étale son manteau gris, les locaux de l'institut connaissent l'effervescence.
Tous les présents se sont regroupés autour de deux chercheurs, dans l'un des laboratoires de l'imposant bâtiment. Indifférents à cette affluence inattendue, les scientifiques scrutent avec attention un visage sur l'écran de l'ordinateur. C'est celui d'une vieille dame aux traits fanés mais encore délicats, tout droit surgi de la nuit des temps. Le corps momifié repose à même le sol, sur un simple drap noir, revêtu de tous ses atours. Le plus étonnant est sans doute sa coiffe en forme de hennin. Une composition complexe, faite de véritables et faux cheveux enserrés dans une résille de crin de cheval, que recouvrait jadis une enveloppe de cuir. L'ensemble, maintenu par un diadème de cuivre pur et surmonté d'un cylindre de fer déposé sur une âme en bois, a valu à la momie le surnom de Dame à la corne de fer. Elle devait avoir fière allure, il y a 2500 ans, avec ses ornements de métal étincelants sous le soleil !

Grâce à un traitement de l'image aux infrarouges, les chercheurs viennent de découvrir des traces infimes de couleur sur le visage de la défunte. «Sans ce traitement, les peintures faciales des joues et des tempes seraient demeurées indécelables», s'enflamme Corinne Debaine-Francfort, directrice de la Mission archéologique franco-chinoise au Xinjiang, et chercheuse au CNRS (UMR7041). Arrivée en compagnie du photographe André Pelle, du CNRS, l'archéologue française est revenue compléter l'étude d'un étonnant ensemble de momies mises au jour par son équipe entre 2001 et 2005. Des découvertes demeurées jusque-là inédites, effectuées au coeur du désert du Takla-Ma- kan, «celui dont on ne revient pas». Dans cette région dont on ignorait tout ou presque il y a encore vingt ans, elle et son homologue chinois Idriss Abdurussul ont en effet exhumé des dizaines de corps d'un site de l'âge du fer (Ve siècle avant J.-C.) appelé Djoumbou- lak Koum (voir carte p. 13), mais aussi d'une nécropole vieille de 4000 ans, plus à l'est, du côté du lac Lop Nor. Des découvertes exceptionnelles que Sciences et Avenir présente à ses lecteurs en exclusivité.
La Dame à la corne de fer, retrouvée enterrée avec son fuseau, sa fusaïole et un écheveau de fil de laine, fait partie de cet extraordinaire ensemble. Elle a été exhumée fin 2001 sur le site de Djoumboulak Koum. «Il s'agit d'une cité fortifiée de l'âge du fer (500 avant J.-C), avec ses remparts, ses restes d'habitations, et surtout d'incroyables quantités de vestiges organiques - parfois jusqu'à sept mètres de dépôts : nous avons trouvé du cuir, des textiles, des poils, de la fourrure, du bois, de la corne...», se souvient Corinne Debaine- Francfort.

Après la découverte de l'ancienne cité, en 1994, les campagnes de fouilles se succèdent pendant sept ans dans des conditions éprouvantes. Les travaux de terrain sont complexes. Le paysage se transforme sans arrêt. Les dunes se déplacent. Le sable envahit tout. Jusqu'à ce matin d'octobre 2001, quand les tombes intactes de plusieurs momies apparaissent aux yeux des archéologues.
Chacune d'elles réveille le monde passé. Les vêtements, les bottes, la fraîcheur des couleurs... Tout est là. Conservé intact depuis des millénaires. Les conditions extrêmes du désert ont momifié les corps. Cinq adultes et quatre enfants en bas âge sont mis au jour. Enterrés dans des cercueils façonnés dans des troncs de peuplier, les défunts sont allongés sur le dos, les genoux repliés.
Le premier à être dégagé est le Jeune Homme aux poux. Ce nom lui a été attribué en raison des nombreux parasites retrouvés dans ses cheveux. «Ses pieds dépassaient du cercueil, avec des bottes et un pantalon à sous-pieds identiques aux fuseaux des skieurs modernes», raconte Corinne Debaine-Franc- fort. Sa pelisse en peau de mouton travaillée et ses moufles sont lacées de laine rouge. Son visage est recouvert d'une toile de laine garance. Des analyses effectuées en 2004 révéleront, chez ce jeune adulte de 17 ans, des dents très usées «du fait d'une importante activité masticatrice, probablement due à l'assouplissement des cuirs à la bouche» (comme le pratiquent encore les Inuits). Il est muni d'un cache-bouche, d'obturateurs de nez, d'une jugulaire pour maintenir sa bouche fermée. A ses côtés, les chercheurs notent la présence émouvante d'un petit bol contenant encore un brouet de céréales. Les yeux du mort sont cerclés de peinture blanche, comme le révéleront les analyses par infrarouge et fluorescence effectuées cette année.

Le suivant, retrouvé dans un demi-tronc de peuplier, serre encore dans ses mains un petit sachet de cuir contenant des gâteaux secs. Un suaire recouvre son visage orné d'une fine moustache. Quelques plumes parent sa jugulaire, tandis que dans ses vêtements, se trouve un peigne de corne aux dents usées. Son peigne de pasteur, celui qu'il utilisait pour carder la laine du troupeau. Une petite torsade de cheveux attachée par un lien d'or dépasse de son bonnet. Quant aux parements de son manteau, ils sont bordés de fourrure de loup. Quelques traces de peinture blanche sont encore visibles sur ses paupières. Vient ensuite l'Homme aux pantalons brodés. Avec ses bottes de feutre, sa couverture de laine à larges bandes rayées, sa besace également emplie de galettes. Ses pantalons en sergé de laine sont recouverts d'admirables bandes brodées de motifs de la steppe. Les bords de son manteau sont gansés. Des cheveux châtains s'échappent de son bonnet et, derrière le couvre-chef, deux fines plaquettes d'or calent quelques plumes colorées. Une perle de pâte de verre retient un lacet de cou. Et sur sa bouche, une mince plaquette d'or est retenue de chaque côté par un tendon de boeuf. Le visage est peint. Les tempes sont rasées.
La momie la plus bouleversante est celle du Supplicié. «Un jeune homme d'à peine 14-15 ans aux doigts tordus de douleur, que l'on retrouve simplement jeté dans son cercueil, enveloppé d'une vieille couverture pour lui dissimuler le visage», explique Corinne Debaine-Franc- fort. Il ne portait pas de beaux vêtements comme les autres. Huit terribles lésions perforaient son crâne. En l'étudiant, Annie Géraut, médecin légiste à l'université de Strasbourg, et Eric Crubezy, anthropologue à l'université Paul-Sabatier de Toulouse, ont pu y distinguer des coups de pique, de hache et de sabre... Tout cela rien que sur le crâne. Mais son calvaire ne s'est pas arrêté là. «Cinq coups lui ont été portés au niveau des cuisses, d'autres au niveau des jambes, entraînant chaque fois des fractures. Des actes de torture impliquant plusieurs auteurs.» Qu'avait-il bien pu faire pour mériter un tel châtiment ? Deux autres cas de mauvais traitements sont signalés dans ce même cimetière sur les squelettes d'un père et de son fils.
Les quatre momies d'enfants, mal conservées, ont été inhumées les genoux repliés, à l'ins- tar des adultes. «Cette pratique d'inhumation commune à plusieurs cultures du Xinjiang de l'âge du fer et du bronze a été retrouvée dans tout le bassin du Tarim ainsi que quelques cas dans la région de la mer Caspienne», précise Corinne Debaine-Francfort.
Et puis, est apparue la Dame à la corne de fer. La tête de la vieille dame reposait sur un oreiller de cuir rembourré de paille. Comme tous ses contemporains, elle avait le visage recouvert d'un suaire de laine rouge, un carré de feutre quadrillé de tracés réa- lisés à la cire d'abeille. Sur l'envers, de part et d'autre de l'étoffe, une fine garniture en duvet d'oiseau et une autre en laine de mouton. Mais le plus étonnant est à venir. Outre l'état de conservation remarquable des corps, les vêtements de fourrures magnifiques, ce qui singularise surtout l'aspect de tous ces visages, c'est que leurs traits n'ont rien d'asiatique mais semblent plutôt européens.
Il y a 2500 ans, ces habitants du Xinjiang n'étaient pas les premiers «europoïdes» à s'installer dans la région. D'autres mo- mies de type «européen», datées des Ier et IIe millénaires ont été découvertes par le passé dans le Xinjiang. Idriss Abdu- russul a lui-même récemment mis au jour de telles momies vieilles de 4000 ans (voir photos pp. 16-17). Il est le premier archéologue chinois à être retourné travailler dans le désert. Il a retrouvé en 2003 l'extraordinaire cimetière de Xiaohe, le site des Mille Momies signalé en 1934 par l'explorateur suédois Folke Bergmann. Celui-ci avait alors indiqué la présence de 12 tombes. En se remettant dans ses pas, le chercheur a vu un beau matin émerger du désert 140 mâts dressés en plein ciel, tels un cimetière de bateaux.
Située à 107 kilomètres de Lou- lan (un autre site du début de notre ère ayant livré des momies), la nécropole de Xiaohe est complètement isolée. Aucun village ancien n'est identifié alentour. Revenu sur les lieux quelques mois plus tard avec toute une équipe, Idriss Abdu- russul s'attaque au dégagement du monument funéraire. Au fil des jours, statues, masques en bois, totems surmontés d'énormes bucranes (crânes de boeufs) apparaissent aux chercheurs. Au pied de piliers peints en rouge, des cercueils de femmes; sous ceux colorés en noir, des tombes masculines. Les cercueils en forme de pirogues sont recouverts de peaux de buffles dans un état de conservation remarquable. Certaines sont encore ornées de bouquets de tamaris fleuris de rose au printemps.
«Xiaohe n'est pas seulement un cimetière, c'est une mise en scène», insiste l'archéologue. En ce mois de février 2008, Idriss Abdurussul se remémore l'aventure : «Sur les mâts de bois qui dominaient le désert étaient ficelés non seulement des bucranes, mais aussi des bouquets d'herbes médicinales.» Le choc véritable se produit à l'ouverture des cercueils. «On connaissait depuis très longtemps l'existence de momies europoïdes au Xinjiang, comme celle de l'homme de Cherchen, découvert dans les années 1980 sur le site de Qie- mo (ou Cherchen). Mais là, l'état de conservation était plus impressionnant encore», poursuit l'anthropologue. En particulier, celui d'une femme aux longs cheveux et au visage d'une grande beauté que semble recouvrir une pâte cireuse toujours en cours d'analyse. Avec leurs gros bonnets de feutre blanc parfois ornés de plumes, leurs bottes de cuir, leurs barbes, leurs cheveux, leurs cils extraordinaires, les corps semblent juste dormir d'un profond sommeil. Là aussi les momies sont europoïdes. Là aussi, le cimetière est installé le long d'un bras de rivière asséché. Sur les 167 tombes découvertes, seules une trentaine de corps ont été rapatriés vers l'institut d'Urumqi. Les autres ont été laissés dans les sables du Takla-Makan. Pour des fouilles futures ou un musée de site.

Alors qui sont ces populations ? D'où viennent-elles ? «Pour l'heure, aucun argument sérieux ne permet de répondre précisément à ces questions. Le
territoire est gigantesque et nous sommes obligés de raisonner sur des vestiges tardifs qui ne sont pas antérieurs à 2500 avant J.-C.», insiste Corinne Debaine-Francfort. Les premières études génétiques réalisées par l'Institut de l'ADN ancien de l'université du Jilin ?- seule institution chinoise habilitée à faire ces analyses - tendent toutefois à montrer qu'il n'y a pas d'opposition tranchée entre les types mongoloïde et europoïde. Il s'agirait de populations avec des dominantes qui ne sont pas les mêmes d'une culture à une autre et qui indique des brassages déjà très importants dès 2500 avant J.-C. «Ces mouvements de populations europoïdes remontent à des périodes fort anciennes, qui ne s'accordent pas avec les théories fumeuses de mouvements celtes développées par certains. Les populations présentes au Xinjiang il y a quatre mille ans sont déjà mélangées depuis longtemps et bien antérieures aux Celtes, insiste Corinne Debaine- Francfort. Pour comprendre l'origine de ces populations europoïdes, s'il y a des rapprochements à faire, c'est avec les mondes de la steppe et de l'Asie centrale, du Baïkal et de l'Altaï. En direction aussi de l'Afghanistan, et même de la civilisation de l'Oxus (1)», poursuit Corinne Debaine-Francfort. De fait, à l'âge du fer et du bronze, les contacts se situeraient plutôt du côté de la steppe, comme le montre la métallurgie : «A toutes ces époques, il y a eu un apport de la métallurgie des steppes sur les cultures locales, ajoute l'archéologue. Des échanges à longue distance qui existent pour toutes les matières premières.»
Le lapis-lazuli s'échange depuis l'Afghanistan, le commerce de la turquoise se fait avec les régions du Tibet, il y a aussi celui du cuivre, de l'étain... «Des échanges transcontinentaux existaient dès les époques les plus anciennes, et atteignaient la zone méditerranéenne, au moins autour du premier millénaire avant notre ère, et certainement déjà vers le deuxième millénaire», explique l'archéologue. Tout cela bien avant le fonctionnement des routes dites de la soie, ce réseau de pistes qu'empruntèrent les caravanes à partir de l'époque Han (206 avant J.-C. - 220 après) pour relier l'Asie à la Méditerranée.
«Ce que nous essayons désormais de faire, conclut Corinne Debaine-Francfort, c'est d'approfondir les liens qu'a pu entretenir le Xinjiang avec les régions voisines des steppes et de retrouver des peuplements antérieurs. Et pour en élucider les mécanismes de diffusion, nous recherchons des vestiges du néolithique. C'est-à-dire des ancêtres des habitants de Djoumboulak Koum et Xiao- he. Ceux qui vivaient dans ces régions il y a au moins 6000 ans.»

(1) Ethnie principale de la Chine, qui représente environ 95% de la population du pays.


La Dame à la corne de fer

Morte il y a 2500 ans, cette femme aux traits «europoïdes» fait partie d'un ensemble de momies découvertes en Chine sur le site de Djoumboulak Koum (ci-contre). Le visage, à l'origine enveloppé d'un suaire de laine rouge, est surmonté d'un diadème de cuivre. A gauche, une reconstitution de ses riches vêtements.

 

L'Homme aux pantalons brodés

Cet homme à la pelisse ornée d'appliques en cuir teint portait un pantalon paré de médaillons brodés. Le motif est issu de la tradition de la steppe. Le visage était, comme celui des autres momies, recouvert d'un suaire rouge.

 

Le Xinjiang, «nouvelle frontière» de l'archéologie

L'actuelle province du Xinjiang a été baptisée la «Nouvelle Frontière» en 1884 sous la dynastie Qing (1644-1911), la dernière à avoir régné sur la Chine. Elle a été incorporée à la Chine populaire en 1949 après une brève période d'indépendance sous le nom de république du Turkestan oriental. Peuplée majoritairement d'Ouïgours, une ethnie turcophone arrivée au XIe siècle depuis la Mongolie, elle a toujours été à la croisée des grands Empires sédentaires (Chine, Inde, Perse)... C'est par ses multiples voies d'accès que passaient au début de notre ère les différentes routes de la soie, et, bien avant elles, d'autres demeurées sans nom, empruntées par des populations dont on commence à retrouver les traces.

 

Vaisseaux du désert

Les caravanes de chameaux sont le seul moyen de transport dans la vallée de la Keriya. Et comme ici, en décembre 2001, à proximité de Djoumboulak Koum, elles ont servi à rapporter les momies sorties des sables vers l'Institut archéologique d'Urumqi.

 

Le Supplicié

Plusieurs sujets «suppliciés» ont fait l'objet d'une étude médico-légale permettant de restituer en partie le processus de leur mise à mort. En haut, à gauche, Eric Crubezy (université Paul-Sabatier, Toulouse) procède à l'examen d'une momie. Dans le cas de ce jeune homme d'environ 14 ans, à droite, des lésions ont été provoquées par des coups de pique, de hache... Ses jambes fracturées ont aussi subi des coups.

 

Sur la piste des anciennes oasis

Quand la Chine ouvre ses portes au début des années 1990, Corinne Debaine-Francfort, venue dès 1986 dans le cadre d'un échange franco-chinois, se retrouve propulsée à la tête de la première mission archéologique étrangère autorisée à travailler dans le pays. Objectif, l'exploration du Xinjiang longtemps fermée aux étrangers et page blanche sur la carte archéologique. Il s'agit de comprendre les mécanismes de peuplement ancien de cette province grande comme trois fois la France.Corinne Debaine-Francfort sait grâce à des écrits chinois anciens, ceux d'explorateurs occidentaux de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, ou encore à des découvertes effectuées dans les années 1980, que le terrible désert n'a pas toujours été si aride. Que des populations y vivaient jadis. D'ailleurs, entre 1898 et 1930, les explorateurs et savants suédois Sven Hedin et Folke Bergmann avaient signalé la présence de sites archéologiques sous les sables, dans la région centrale du Xinjiang et la vallée de la Keriya (voir carte ci-contre). Corinne Debaine- Francfort et ses collègues décident donc d'explorer le réseau hydrographique ancien de cette rivière à deltas endoréiques - dont les eaux se perdent dans les sables, et qui autrefois reliait les oasis du sud à celles du nord du Takla- Makan. Dès 1991, avec l'aide du CNRS, du ministère des Affaires étrangères et du Bureau du patrimoine chinois, des missions d'exploration conjointes se mettent en place le long du fleuve fossile pour y retrouver d'antiques oasis. L'expérience va se révéler éprouvante. Les températures sont extrêmes. Les chercheurs doivent apprendre à lire les paysages, à deviner au milieu des dunes gigantesques les traces des anciens cours fossiles, les restes de terrasses, les vestiges de forêts mortes. Heureusement, ils disposent d'images satellite... Après de longs efforts, la cité de Karadong signalée par Sven Hedin et deux sanctuaires bouddhiques du IIIe siècle sont exhumés entre 1993 et 1994. Toutefois, si la méthode porte ses fruits, les sites sont récents et appartiennent aux périodes historiques. «Ce qu'on voulait trouver, c'était les occupations plus anciennes. Il nous fallait comprendre la façon dont la désertification avait évolué. On voyait bien sur les images satellites que les deltas avaient régressé et qu'ils s'étaient déplacés du nord-ouest vers le sud-est, chassés par le lent soulèvement tectonique du Pamir. En fait, pour aller vers l'ancien, il fallait s'enfoncer dans le désert.» Ainsi, plusieurs années durant, explorations et prospections vont se succéder le long des antiques deltas. A dos de chameau ou à pied, car les véhicules ne passent pas. C'est ainsi qu'en 1994, 41 km plus avant dans le désert, surgissent des dunes les premiers v e s tig e s d'un e ci té en fouie . Elle s er a b aptis é e du nom ouïgour de Djoumboulak Koum, «les sables ronds». C'est de là que sortiront, après sept années de fouilles, les premières momies.

 

Bernadette Arnaud
Sciences et Avenir
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