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Bienvenue à toutes et à tous sur mon blog politique. Vous y trouverez mes textes ou ceux de mes collaborateurs, des articles intéressants, des munitions idéologiques, des blagues pour vous détendre un peu dans ce monde de brut, et quelques photos et imag

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«J'ai aidé des étrangers à s'intégrer»


Thomas Facchinetti a été le premier «délégué aux étrangers» de Suisse. Un beau défi que ce Suisse d'origine étrangère n'a cessé de dynamiser durant ces dix dernières années. Dans un climat qui ne lui est pourtant pas toujours très favorable

Thomas Facchinetti baigne dans un monde de paradoxes et on dirait qu'il aime ça. La Suisse n'a cessé ces dernières années de durcir ses législations sur l'asile et sur les étrangers et sa population étrangère augmente malgré tout. «La Suisse a en fait un problème identitaire. Elle a toujours été une terre d'immigration, mais elle peine à l'admettre sur le plan politique. Nous devrions enfin accepter ce statut pour avoir une approche plus sereine des flux migratoires.»

Les paradoxes, Thomas Facchinetti en est coutumier depuis tout petit. Lorsqu'ils se sont rencontrés, son père, Italien, et sa mère, Allemande, devaient parler la langue de Molière pour communiquer. Voilà qui façonne un homme...

La Suisse joue à se faire peur

Il nous reçoit au numéro 13 de la rue des Beaux-Arts à Neuchâtel, dans ses locaux de «délégué aux étrangers». Dans une salle de conférence sans décoration, à part des pans de murs couleur poussin. Sa voix est posée, son regard fixe.

En 1990, il est nommé délégué aux étrangers du canton de Neuchâtel. Une première au niveau suisse. «C'était une période assez grisante car il fallait créer une politique qui n'existait pas, de A à Z. Et j'avais pour ainsi dire carte blanche. Le contexte n'était pourtant pas évident: Neuchâtel a refusé quelques mois plus tard un projet qui voulait accorder le droit d'éligibilité aux étrangers sur le plan communal...».

Six ans après, Neuchâtel adopte une véritable loi sur l'intégration. Encore une première suisse. A la surprise générale, le mouvement d'extrême droite «Identité suisse» n'a pas réussi à récolter les 6000 signatures nécessaires pour faire capoter le projet. Depuis, Thomas Facchinetti n'a cessé de lancer des initiatives originales. Pour que les étrangers se sentent bien à Neuchâtel. Et que les Neuchâtelois se sentent bien avec les étrangers. Il préfère dire sobrement qu'il a «participé au développement des droits civiques des étrangers.»

Ces dix dernières années? «En matière d'asile on a, année après année, grignoté, saucissonné tout ce qui pouvait rester d'humain», commente-t-il. Une allusion notamment aux nouvelles lois sur l'asile et sur les étrangers adoptées en 2006. «Formellement, notre juridiction est peut-être toujours compatible avec les droits fondamentaux et les différentes règles internationales en vigueur, mais on est vraiment à la limite...». Il y a une autre tendance qui inquiète Thomas Facchinetti: la banalisation du racisme. «La xénophobie s'est infiltrée dans les instances démocratiques, au parlement et même au Conseil fédéral. C'est très regrettable.»

Voilà pour les développements négatifs. Mais, simultanément, l'armée a par exemple créé une cellule de lutte contre l'extrémisme, «chose qui aurait été impensable il y a dix ans», soulève-t-il. «En fait, la Suisse joue à se faire peur avec ses migrants alors que la situation est globalement plutôt positive», résume Thomas Facchinetti.

Suspicions lourdes

Les points positifs justement, parlons-en. «Ces dix dernières années, l'intégration des étrangers est devenue une affaire publique alors qu'auparavant, il s'agissait d'une tâche totalement privée. Qui était surtout gérée par les ONG et les Eglises.» Voilà une de ses principales satisfactions. Mais lui qui ne peut s'empêcher de souffler le chaud et le froid, le voilà qui insiste sur de nouveaux paradoxes: les droits civiques des étrangers ont certes été étendus, mais cela n'a pas empêché la Suisse de se replier sur elle-même. Le yin et le yang. Ou la médaille et son revers.

Pour beaucoup, l'intégration signifie d'ailleurs trop souvent attendre d'un étranger qu'il se fonde totalement dans le moule helvétique, déplore-t-il. Avec les attentats terroristes du 11 septembre 2001 et ceux qui ont suivi en Europe, les attentes vis-à-vis des étrangers sont plus vives. Les suspicions plus lourdes. «On attend d'eux une loyauté parfaite vis-à-vis du pays dans lequel ils vivent, et cette loyauté est plus souvent mise en doute», insiste-t-il. «La suspicion qui se généralise à propos des étrangers contribue à amplifier des formes de rejet. Or, j'insiste, l'écrasante majorité de nos étrangers respectent notre démocratie directe et nos valeurs de liberté et sont fiers de vivre dans notre pays.»

Briser le mythe du caïd

Thomas Facchinetti ne boit pas de café. Il nous avait accordé quarante-cinq minutes, mais voilà que le double du temps a passé. Il ne s'en rend pas compte. Tant mieux. Le problème de la violence des jeunes étrangers que les politiciens semblent avoir récemment découvert et que l'UDC exploite pour alimenter sa campagne sur les naturalisations? Cette violence a toujours existé, mais c'est son intensité qui a augmenté. On sort aujourd'hui plus facilement son couteau. Les agressions sexuelles sont aussi plus fréquentes.

Comment lutter contre ce phénomène? Pour Thomas Facchinetti, une des solutions est de s'en prendre au mythe du «caïd». Pour beaucoup de jeunes, il reste un exemple à suivre. Parce que le caïd s'enrichit grâce à ses larcins, qu'il est toujours entouré d'une nuée de jolies filles. Parce que les policiers viennent lui parler, ce qui lui donne une certaine importance. «A Neuchâtel, nous travaillons donc sur des modèles alternatifs, avec des «mentors», des jeunes qui ont connu des difficultés mais qui ont ensuite réussi à se raccrocher à des filières de travail. Et ça marche!»

Le dialogue plutôt que la contrainte et la répression. Voilà l'instrument favori de Thomas Facchinetti. A Neuchâtel, on ne dit par exemple pas aux étrangers qu'ils doivent apprendre le français avant de prétendre s'intégrer à la vie locale. «Nous cherchons à les responsabiliser, à leur faire comprendre qu'apprendre la langue est un instrument qui leur permettra d'ouvrir des portes.»

Pas de «contrat d'intégration» non plus, mais une «charte de la citoyenneté» qui devrait bientôt être appliquée. Il s'agit d'un document qui rappelle les droits et devoirs à respecter et qui se base essentiellement sur la constitution cantonale. «Il est parfois utile de rappeler le droit au mariage dès 18 ans ou la liberté de religion», glisse Thomas Facchinetti, l'œil malin.

Oui au droit d'éligibilité

On essaie bien de le faire parler d'autres événements qui ont marqué la décennie – 11 septembre? Guerre en Irak? –, il retombe toujours sur son domaine de prédilection. A tel point qu'il omet même de dire qu'il était candidat – malheureux – aux élections fédérales d'octobre dernier, sur la liste socialiste. Thomas Facchineti a en revanche été brillamment élu au Conseil général de la ville de Neuchâtel le 27 avril dernier. Avec le meilleur score.

«Une de mes dernières satisfactions est que Neuchâtel a adopté l'an dernier une loi qui accorde le droit d'éligibilité aux étrangers sur le plan communal», glisse-t-il encore. La fameuse loi que les Neuchâtelois avaient refusée quand Thomas Facchinetti venait d'arborer ses nouveaux habits de délégué aux étrangers...



Et dans 10 ans?


– Que souhaitez-vous pour les dix prochaines années?

– Que la Suisse s'ouvre davantage, qu'elle se considère davantage comme une terre d'accueil.

– Où vous imaginez-vous dans dix ans?

– Quelque part à Neuchâtel ou en Europe, en train de participer à la création d'un mouvement d'ouverture des frontières morales et géographiques.

– Vous projetez-vous facilement dans l'avenir?

– Je suis plutôt ancré dans le présent. J'aime bien me laisser des marges de liberté pour l'avenir...

– Qu'aurez-vous gagné dans dix ans?

– Pas des cheveux gris car j'en ai déjà assez... Probablement la capacité d'aller plus simplement et plus vite à l'essentiel.

– Et perdu?

– Peut-être l'illusion de penser que les choses peuvent changer très vite.

– Qu'attendez-vous de la Suisse de 2018?

– Qu'elle existe encore!

– Qu'est-ce qui vous effraie pour l'avenir?

– Rien, en fait.

– Qu'est-ce qui va marquer votre domaine de spécialisation?

– Un renforcement de l'action des pouvoirs publics. Avec le risque d'une certaine bureaucratisation au détriment d'une bonne capacité d'innovation, nécessaire lorsqu'il s'agit de régler les flux migratoires.

– Un jour ou l'autre, le temps vous donnera raison. A quel propos?

– Sur le fait que les migrants doivent disposer des mêmes droits civiques que les autres citoyens.


Le Temps
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