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Depuis mardi, le marché avance à un rythme effréné. Mercredi, le pétrole a enfoncé coup sur coup les seuils de 130, 131, 132, 133 et 134 et 135 dollars. Jeudi matin, alors que la fièvre montait encore, les prix ont atteint 135,14 dollars à Londres et 135,09 dollars à New York. En trois semaines, les prix ont bondi de 35 dollars. Sur un an, ils ont plus que doublé.
Vers 18 heures, les prix fléchissaient, les investisseurs empochant des bénéfices. Le pétrole s'échangeait à 131,80 dollars, en baisse de 90 cents à Londres, et à 132,60 dollars, en baisse de 57 cents à New York.
La récente hausse des prix se nourrit du sentiment que l'écart entre offre et demande ne cesse de se resserrer au fil des mois : alors que la demande connaît un essor semble-t-il irrésistible dans les pays émergents, la croissance de l'offre patine. « La Chine consomme aujourd'hui moins de pétrole par personne que les Etats-Unis en 1905 (…)., Si la Chine et l'Inde devaient porter leur consommation par tête au niveau actuel des Etats-Unis, ces deux pays à eux seuls auraient besoin de 160 millions de barils par jour, deux fois plus que l'offre disponible aujourd'hui », soulignait ainsi Robin Batchelor, gérant d'un fond spécialisé du groupe BlackRock.
« Les chiffres des douanes chinoises publiés ce jeudi matin ne montraient pas de signe que l'appétit vorace du pays pour les produits pétroliers diminue », ajoutaient les analystes de la banque Barclays Capital.
L'annonce mercredi d'une fonte inattendue des stocks de brut (de 5,4 millions de barils) aux Etats-Unis la semaine dernière n'a fait que renforcer ces craintes.
L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) soutient pourtant que le marché est correctement approvisionné et persiste à ne pas vouloir augmenter son offre, ignorant les appels ou les menaces des Etats-Unis.
Le secrétaire général de l'Opep, Abdallah el-Badri, a affirmé mercredi à Quito que le marché pétrolier était devenu « complètement fou », jetant le blâme sur les spéculateurs – un thème cher au cartel pétrolier – et sur la dépréciation du dollar. « L'économie américaine est en récession, le dollar se déprécie, ce qui affecte le prix du pétrole en le faisant monter », a-t-il déclaré.
Hors Opep, de nombreux producteurs, comme la Norvège, le Mexique, les Etats-Unis, font face à un épuisement des gisements. Et la production de la Russie, deuxième producteur mondial derrière l'Arabie saoudite, plafonne depuis janvier, bien que le Premier ministre, Vladimir Poutine, ait promis de la stimuler en allégeant un régime fiscal « punitif » pour les majors.
Les perspectives sont encore plus sombres pour l'avenir. D'après le Wall Street Journal, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) prépare un rapport pour le mois de novembre estimant que la production devrait à peine dépasser les 100 mbj en 2030, loin des 116 mbj sur lesquels l'AIE misait jusqu'à présent pour cet horizon.
Ces craintes sur l'avenir se traduisent par une explosion des prix à long terme. Le pétrole vendu en décembre 2016 – le contrat le plus éloigné disponible à New York – a atteint mercredi le prix jamais vu de 142,09 dollars.
Les experts soulignaient par ailleurs le rôle joué par les analystes des grandes banques de la City londonienne ou de Wall Street : les révisions à la hausse des prix publiées récemment par les banques d'investissement semblent fonctionner comme autant de prophéties auto-réalisatrices.
Les analystes de la banque Goldman Sachs – qui avaient dès 2005 prédit un baril à 100 dollars – avaient annoncé le 5 mai que le baril pourrait toucher 150 dollars d'ici à deux ans.
(D'après AFP)