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Devant la recrudescence de ce fléau et le ras-le-bol des chefs d'entreprise, la Fédération française du bâtiment a lancé une enquête auprès de six mille PME. Cette enquête a été analysée par le Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines de l'université Paris II. Elle fait apparaître qu'une entreprise sur deux a été victime d'au moins un vol significatif (plus de 10'000 euros), au cours des dix derniers mois. Tous les départements sont touchés, tous les métiers concernés et les vols coûtent de plus en plus cher.
Depuis ces dernières années, on voit se multiplier dans des proportions dramatiques les vols de métaux, d'équipements, d'outillage, de matériel et d'engins de chantiers: chaque semaine, les dommages dont sont victimes les entreprises alimentent la rubrique des faits divers. Il n'est pas rare qu'elles s'accompagnent de tentatives de racket, d'intimidation, de chantage à l'embauche ou à la sécurité, même de voies de fait ou d'agressions physiques. Au-delà de son coût direct, cette explosion de la délinquance a de graves effets collatéraux: arrêts de chantier, remise en état après déprédations, location de matériel de remplacement, mais aussi mise en danger des travailleurs. Voici quelques témoignages éloquents.
Fabien Crief, chef d'entreprise Électricîté - Chauffage, Seine-et-Marne.- «En 2006, nous avons subi un préjudice de 260'000 euros pour du vol de fils et de câbles de cuivre. En 2007, le montant s'élevait à près de 400'000 euros! Ce début 2008, nous avons déjà subi 50'000 euros de perte en un week-end. Si cela continue comme cela, nous ne serons pas loin des 2% de notre chiffre d'affaires en fin d'année. La traçabilité des produits après le vol est impossible pour ce qui est du fil ou du câble. Pour les tableaux électriques, nous avons fait un marquage à chaud, nous avons mis des plaques antivol avec des embouts spéciaux... mais les voleurs trouvent toujours la parade! On perd un temps fou au commissariat pour déposer plainte et pourquoi au juste? Les voleurs courent toujours!»
René Nostriano, chef d'entreprise, président de la FBTP des Bouches-du-Rhône.- «Le coût des rackets et vols sur les chantiers dans notre département s'élève à 150 millions d'euros par an. En conséquence, certains appels d'offres pour la construction de logements sociaux dans les quartiers sensibles restent sans réponse par peur des risques encourus. Pour essayer d'endiguer ce fléau, la FBTP, depuis 2004, multiplie ses actions d'information et de prévention. Elle s'est rapprochée de la préfecture du département pour mettre en place un dispositif permettant de mieux sécuriser les chantiers et de déposer plus facilement plainte. Nous avons travaillé en commun avec la préfecture, la gendarmerie, la mairie et le procureur. Sur 225 cas déclarés, 50 affaires ont été résolues.»
Jean-Paul Charpentier, chef d'entreprise, président de la Fédération interdépartementale du bâtiment et des activités annexes de l'Ile-de-France.- «En 2007, on m'a volé pour 50'000 euros de marchandises, dont 30'000 sur un chantier situé en zone sensible. Nous avons dû blinder nos camionnettes après une agression: les voleurs ont découpé le véhicule par le toit comme une boite de sardines! Sans compter le racket et le chantage à l'embauche avec intimidation et menaces.»
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