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Sur le plateau Vivarais-Lignon, et singulièrement au Chambon-sur-Lignon, l’hospitalité on connaît.
Le vent de l’Histoire est passé par là. Dans ce pays protestant à l’aspect si froid en apparence, on a appris à s’ouvrir à l’autre, car on sait ce que signifie être persécuté pour ses idées, ses convictions religieuses.
Sans remonter aux Dragonnades lancées par le pouvoir royal à l’encontre des huguenots, plus près de nous, chacun se souvient des réfugiés espagnols chassés par le franquisme, des juifs traqués par les nazis, des résistants poursuivis par Vichy et ses sbires, trouvant un havre de paix temporaire ici.
Aussi, lorsqu’en 2000, la nécessité de créer une structure d’accueil pour les demandeurs d’asile en Haute-Loire, à proximité des départements du Rhône et de la Loire, s’est fait jour, le site du Chambon-sur-Lignon s’est imposé comme une évidence.
La municipalité d’alors, à sa tête Raymond Vincent, trouve l’idée somme toute naturelle. De la même façon d’ailleurs que son successeur Francis Valla appuiera avec constance la structure chaque fois que nécessaire. Le centre d’accueil des demandeurs d’asile voit le jour le 1er juillet 2000.
Agréé pour cinquante-deux personnes, il est géré par l’association Entraide Pierre-Valdo, une émanation de l’Entraide protestante de Lyon, associé au diaconat du Chambon-sur-Lignon et à l’association familiale protestante de Saint-Étienne. C’est le bâtiment de l’Accueil fraternel, situé «Côte de Môle», un lieu symboliquement fort, qui est retenu.
Là, treize appartements sont disponibles pour les familles de demandeurs d’asile. S’y ajoute un appartement, également inclus dans le parc immobilier de l’OPAC 43, au sein du village. Des salles d’activités complètent l’ensemble. C’est cet espace entièrement rénové que l’on inaugure aujourd’hui. Pendant les travaux, les installations du collège Cévenol ont assuré la transition.
Rappelons que cet accueil des demandeurs d’asile s’inscrit dans un dispositif national très réglementé. Le CADA est un établissement social, au même titre que Les Écureuils, Faïdoli, Le Mazel… Il fonctionne sur fonds d’État. La Direction des affaires sanitaires et sociales assure le contrôle financier et administratif.
Six à huit personnes travaillent au sein du CADA (directeur, secrétaire, conseillers en économie familiale, assistant social, éducatrice spécialisée) soit 5,24 équivalents temps plein. Et un réseau actif de bénévoles vient en renfort pour assurer l’apprentissage du français, l’aide aux devoirs…
Fabienne Mercier
Ils étaient informaticien, maçon, architecte, infirmier, mécanicien, médecin, comptable, journaliste, pasteur…
Ils ont quitté leur pays en proie à la guerre civile, la Tchétchénie, le Kosovo, l’Angola, le Congo… Ils ont fui l’intégrisme religieux qui tient le haut du pavé en Afghanistan, en Inde, en Géorgie… Ils ont laissé leur terre de Russie, Côte d’Ivoire, Albanie, Kurdistan, Irak, des territoires où la démocratie a encore un sacré chemin à parcourir.
Robert Montel, directeur du CADA, explique. « Obligés à tout laisser, ils se tournent vers des pays qui pourraient accepter de les protéger eux et leurs enfants. Nous avons accueillis cent quatre-vingt-quinze personnes, soit cinquante familles. Trente-six ont obtenu le statut de réfugiés, quatorze ont été déboutés. Dix ont été régularisés par le préfet et quatre expulsés. Douze naissances ont eu lieu. Les origines sociales des personnes accueillies sont plutôt dans les classes moyennes. En effet, la demande d’asile est une démarche intellectuelle. C’est aussi une démarche financière car le voyage qui s’y rattache coûte cher. Les classes aisées trouvent d’autres moyens que l’asile pour fuir leur pays. Les classes défavorisées se voient contraintes, dans la grande majorité, de rester et de subir. Ces gens choisissent la France pour sa réputation de respect des Droits de l’homme et pour certains, parce que nous avons eu des liens aux temps de la colonisation. Et pourquoi Le Chambon-sur-Lignon ? L’asile est affaire d’État et chaque département participe à la solidarité nationale ».