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C’est aujourd’hui que la ville de Québec souffle ses 400 bougies. En débarquant sur les rives du Saint-Laurent, «là où le fleuve se rétrécit» , le 3 juillet 1608, Samuel de Champlain jette les bases de la future province, berceau de l’Amérique française et de la nation québécoise. Mais cette date anniversaire, qui ne devrait être que festivités, a suscité des polémiques en série, preuve que les vieilles blessures ne sont pas totalement cicatrisées.
C’est la controverse provoquée par la position du Canada qui a fait le plus débat. En mai, le Premier ministre du Canada, Stephen Harper, déclarait que la fondation de Québec était aussi celle de l’Etat canadien et que Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada, représentante de la reine Elizabeth II d’Angleterre et, à ce titre, chef d’Etat du Canada, était le digne successeur de Samuel de Champlain, premier gouverneur du pays. Il n’en fallait pas plus pour soulever l’ire des Québécois. «Tout le monde sait bien que Champlain n’a jamais été gouverneur du Canada mais bien de la nouvelle France !» clamait Pierre Paquette, leader parlementaire du Bloc québécois dans le quotidien la Presse.
Plaie à vif. Fruit d’une guerre plutôt que d’un amour librement consenti, la création d’un Canada anglais englobant le Québec francophone reste une plaie à vif. En accueillant, Michaëlle Jean avec les égards réservés aux chefs d’Etat à l’occasion du 63e anniversaire de la victoire du 8 mai 1945, Nicolas Sarkozy a fait enfler la polémique. «Il faut que vous le sachiez, la France aime beaucoup le Canada», lance-t-il. Une déclaration qui suscité ce commentaire du Globe and Mail : Sarkozy « a fermement réaligné la politique étrangère française vers le Canada et a pris ses distances avec les souverainistes québécois, soulignant qu’il ne veut plus désormais avoir à choisir entre le Canada et le Québec.»
«Pas fier». De quoi blesser les indépendantistes convaincus, mais pas seulement. «La France et le Canada auraient pu attendre l’an prochain ou au moins la tenue du sommet de la francophonie [en octobre à Québec, ndlr] pour banaliser le Québec à ce point : cela eut été moins blessant pour les nationalistes d’ici», é crivait le journaliste Michel Vastel dans le Journal de Québec. Sa chronique était titrée : «Je ne suis pas fier d’être français.» Autant dire que les déclarations de François Fillon, qui assiste aujourd’hui au lancement officiel de l’événement, vont être examinées à la loupe.
Au-delà de ces bisbilles, les célébrations n’auraient sans doute pas eu la même ampleur sans les 110 millions de dollars investis par Ottawa. Un geste qui confère au gouvernement fédéral toute sa légitimité lors des festivités.
Celles-ci laissent peu de place à l’Histoire. Trop douloureuse. La question autochtone est, elle aussi, évacuée. Les célébrations évoquent la «rencontre» avec les Européens, en omettant de rappeler que les peuples autochtones du Canada ont été dépossédés de leur terre. Le programme officiel fait peu de cas de l’arrivée des premiers colons français, dont les descendants peuplent encore le Québec, au profit d’une fête multiculturelle sans saveur historique.
La question de l’identité québécoise reste une question sensible. Mais moins à cause du passé entre francophones et anglophones que du débat suscité par la place à accorder au sein de cette société catholique aux autres religions (lire ci-contre).
Même les couleurs officielles des festivités évitent soigneusement de rappeler celles du drapeau québécois - une fleur de lys sur fond bleu azur - ou celle du Canada - une feuille d’érable rouge.
Libération