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C'EST la butte qui angoisse tout le monde. La concentration anormale en uranium relevée dans certains endroits de la nappe phréatique est-elle liée à cette butte, où sont enfouis, dans des conditions opaques, des déchets nucléaires d'origine militaire sur le site du Tricastin ? C'est ce que suppose la Criirad*. Dans un rapport du Haut Commissariat à l'énergie atomique datant du 23 octobre 1998, il est en effet mentionné en toutes lettres qu'« il s'agit d'une butte d'une superficie de 27 000 m2 dépassant de 3 m le niveau du terrain naturel, dans laquelle ont été volontairement enfouis environ 15 000 m3 de déchets mixtes contenant de l'uranium et des produits chimiques ».
Entre 1969 et 1976, de manière plus ou moins ordonnée, 760 t de barrières de diffusion de l'usine d'enrichissement militaire contenant de l'uranium ont été enterrés.
De quoi s'agissait-il vraiment ? Selon une source travaillant dans le nucléaire civil, « l'existence de cette butte de déchets militaires des années 1970 est un secret de polichinelle. On en parlait entre nous depuis une dizaine d'années, en se disant que c'était le contre-exemple de ce qu'il fallait faire. Pour fabriquer l'uranium fissile nécessaire à la bombe atomique il reste un déchet sous forme de barres contaminées. Les militaires avaient décidé de les enterrer dans cette butte. Mais on nous a toujours indiqué qu'il n'y avait pas de risque pour la santé des populations ».
La butte n'a jamais été couverte
Pourtant, l'étude de 1998 du Haut-Commissariat à l'énergie atomique a mis en lumière « une contamination de la nappe liée à cette butte de stockage, dès 1977, par la présence de teneurs anormalement élevées en uranium dans les eaux du puits P1 ainsi que dans la rivière Gaffière ». Mais, selon cette étude, « les teneurs en uranium, élevées, n'atteignent toutefois pas la concentration maximale admissible en uranium dans l'eau ». Des travaux de pompage ont alors été lancés, mais sans résultat. Une étude complémentaire de la Cogema de 1998 démontrait au contraire que « 900 kg environ d'uranium auraient quitté la butte via les eaux souterraines ». L'enquête indiquait même que « 1 700 kg environ d'uranium seraient encore présents dans la butte ». Concernant le devenir de cette butte de stockage, la Cogema estimait « non justifiée l'excavation des matériaux enfouis ».
En revanche elle étudiait le projet d'une « couverture » de cette butte. Ce qui n'a pas été fait. Areva, responsable du site, rejette tout lien entre les déchets de cette butte et la pollution de la nappe phréatique et estime qu'« ils ne constituent pas un risque pour les populations ». « Cette butte est connue et surveillée (...) Ce qui a été observé à 1 ou 2 km au sud n'a rien à voir avec cette butte de déchets », a par ailleurs déclaré Alain Girard , le directeur de l'Autorité de sûreté nucléaire de défense. L'ancienne installation ne pouvant, selon lui, pas être mise en cause.
* Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité.
Le PARISIEN