| Deux généraux turcs fraîchement retraités viennent d'être arrêtés dans le cadre de l'enquête sur un gang ultranationaliste mêlé à des tentatives de déstabilisation et à un plan de coup d'Etat ourdi au sein de l'état-major de l'armée. | | | | | | A la une de Radikal, ce 2 juillet 2008, l'affaire des généraux putschistes | | | | | En 2002, le chef d'état-major de l'armée turque nomme, avant de partir à la retraite, des généraux dont la mission est notamment de contrôler le nouveau chef d'état-major, le général Hilmi Özkök [perçu comme démocrate], dans un contexte particulier où le parti islamique modéré AKP obtient la majorité absolue et lance un programme de réformes en vue de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Les frictions entre le parti au pouvoir et l'armée ne se font pas attendre, notamment sur le dossier des lycées imam hatip [initialement créés pour former des imams et que fréquentent surtout des lycéens issus de milieux conservateurs], dont l'AKP souhaite, sans succès, faciliter l'accès à l'université. La deuxième source de tension apparaît lorsque le gouvernement AKP accepte les clauses du plan de paix sur Chypre proposé par Kofi Annan en janvier 2004. C'est alors que deux généraux membres de l'état-major, dont celui qui a été arrêté le 1er juillet 2008, Sener Eryugur [par ailleurs président de l'Association de la pensée d'Atatürk], opposés au plan Annan, décident de réagir sans en référer à leur chef d'état-major. Des contacts sont pris avec le monde des affaires et des médias pour demander leur soutien contre le gouvernement AKP. L'hebdomadaire Nokta publiera le journal de bord du commandant de la marine turque, dans lequel il apparaît que l'on a effectivement préparé un coup d'Etat en haut lieu et que l'on a discuté de son éventuelle mise en œuvre, toujours sans en référer au chef d'état-major. Cette première tentative ayant finalement échouée, un général met sur pied un autre projet de coup d'Etat qui serait précédé d'une mise sous pression du gouvernement par la "société civile" afin de créer les conditions idéales à une intervention militaire. C'est dans ce cadre que s'inscrivent notamment l'assassinat, en mai 2006, d'un juge du Conseil d'Etat [d'abord attribué à un islamiste], le meurtre du [journaliste d'origine arménienne] Hrant Dink, en janvier 2007, ainsi que les projets d'assassinat qui auraient visé [l'écrivain] Orhan Pamuk et certains journalistes, dont moi-même. De nombreux indices font d'ailleurs maintenant état de liens entre l'attentat contre le Conseil d'Etat et le meurtre de Hrant Dink, d'une part, et les personnes les plus en vue arrêtées dans le cadre de l'enquête sur le gang ultranationaliste Ergenekon, d'autre part. Dans ce contexte, la dernière vague d'arrestations, effectuées le 1er juillet [de 25 personnes, dont deux généraux à la retraite], est particulièrement importante dès lors qu'elle concerne ceux qui étaient derrière cette deuxième tentative de coup d'Etat. Cela pourrait être la première fois dans l'histoire de la démocratie turque que des putschistes sont traduits devant la justice dès lors qu'un lien solide est établi entre les porte-flingues d'Ergenekon et ceux qui, en haut lieu, ont planifié ce projet de coup d'Etat. La gendarmerie, dont Sener Eruygur était le commandant, s'est néanmoins débarrassée, en toute discrétion, de ses éléments putschistes les plus actifs sans toutefois qu'ils ne soient condamnés. L'action de ces derniers, qui continuent de croire qu'ils n'ont commis aucun délit, consistait donc à vouloir modifier le système constitutionnel du pays par la force des armes. Or voilà qu'aujourd'hui se présente enfin la possibilité que ces personnes rendent compte de leurs actes devant la justice. La Turquie ne doit à aucun prix laisser passer cette occasion. | | Ismet Berkan Radikal | | | |