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TOUS les quinze jours à partir de 17 heures, le même ballet recommence. Les voitures arrivent de Lyon, 20 km plus au nord, tournent à gauche en arrivant à Saint-Pierre-de-Chandieu (Rhône) et stationnent devant la grosse bâtisse du chemin de la Bouvière. Les habitants du village ont compris depuis longtemps qu'il s'y tramait quelque chose.
A la veille des départs en vacances, les allées et venues se sont même amplifiées. Jerricans dans le coffre, des automobilistes viennent s'approvisionner en « carburant », dans ce sous-sol encombré de fûts d'huile de friture. Rouler à l'huile est illégal et sévèrement réprimé par les douanes. Mais de plus en plus de particuliers bravent l'interdit. Des filières de revente s'organisent dans toute la France. L'association marseillaise Roule ma frite, née il y a quatre ans, a fait des petits sur l'île d'Oléron (Charentes-Maritimes), à Lyon (Rhône) et plus récemment à Vienne et Grenoble (Isère). On en parle à Annonay (Ardèche), à Valence (Drôme), et même... au Cameroun. Il n'en existe pas encore en région parisienne, mais des particuliers s'arrangent déjà dans leur coin et démarchent les kebabs.
A l'origine, Roule ma frite rassemble des écolos qui voyaient là une bonne alternative au tout pétrole en recyclant l'huile usagée des restaurants. Une fois décanté et finement filtré, le liquide se mélange au gazole et peut, selon les moteurs, aller jusqu'à le remplacer intégralement. Georges Martinez, ancien employé d'un magasin de bricolage de la banlieue lyonnaise, commence en amateur en 2003 dans le garage de sa grand-mère. Son affaire prend de l'ampleur. Pressé par la demande et convaincu du bienfait de la filière, il décide il y a un an de se lancer à temps complet, avec sa femme. A l'époque, jamais ils n'auraient cru atteindre un tel succès. En mai, ils comptaient 90 adhérents. Début juillet, 30 de plus.
0,65 € le litre
Georges et Christiane reçoivent des appels de toute la France : des particuliers qui veulent savoir si c'est autorisé, si cela n'abîme pas le moteur, jusqu'à quel pourcentage on peut le mélanger... L'association bataille avec les Douanes sur l'interprétation de la loi. Georges, qui a le droit de vendre de l'huile, s'est néanmoins rapproché de deux avocats prêts à défendre les membres de Roule ma frite en cas de contrôle. Depuis un mois, « c'est la débandade, on ne peut plus fournir », malgré les 1 500 l récupérés en moyenne par semaine.
La semaine dernière, les adhérents patientaient devant les cuves le temps que leurs bidons se remplissent. Honnêtes, la plupart admettent qu'ils sont d'abord branchés économie plutôt qu'environnement. A 0,65 € le litre (0,40 € s'ils apportent de l'huile), c'est tout vu. Youssef, salarié de la Poste, annonce « une économie de 300 € par an. Trois cents euros, c'est un ordinateur portable entrée de gamme, un billet d'avion, des litres de lait pour les enfants ». Dominique, employé à la mairie de Villeurbanne, a divisé sa facture par deux. Chez Franck, électricien, « le carburant était devenu le premier poste de dépense ». Tahar a déjà réduit ses trajets en voiture. Il parie pour le litre à 2 € à Noël. « Il va falloir changer nos mentalités et penser à autre chose que le pétrole. » Tout le monde s'y met. Pour preuve, un gendarme venu de Paris s'est fait installer un kit de bicarburation qui lui permet de rouler 100 % à l'huile.
Le Parisien