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Une tempête a permis de découvrir quatre bunkers nazis en mai dernier, sur une plage du Danemark. Entièrement meublés, ils constituent une richesse pour l'Histoire.
Torche à la main, rampant dans le sable, Tommy Cassoe, tel un Indiana Jones nordique, sort d'un bunker, un des 7.000 disséminés par l'Allemagne nazie le long de la côte ouest du Danemark pour contrer une invasion alliée par la mer du Nord.
"Mission accomplie. Le bunker est vide", s'écrit-il, exhibant son butin sur la plage de Krylen envahie par les badauds: des bidons de ravitaillement rouillés, un flacon en plastique contenant une pommade en cas d'attaque au gaz moutarde et des câbles électriques.
"Une sensation" pour les archéologues, car ce bunker et trois autres ensevelis sous les dunes depuis 1945, au nord du fjord de Ringkoebing, sont réapparus au printemps sous l'effet d'une violente tempête et des hautes vagues qui ont submergé la plage.
"On les a trouvés complètement équipés avec lits, chaises, tables, systèmes de communication ainsi que effets personnels des soldats qui y vivaient", raconte Jens Andersen, directeur du musée de Hanstholm, spécialisé dans les fortifications nazies du "Mur de l'Atlantique".
Les bunkers construits au Danemark pendant l'occupation allemande (1940-1945) ont été "vidés de leur contenu par les Danois après la Seconde guerre mondiale pour récupérer le fer et autres matériaux dont on avait besoin". A l'exception donc de quatre d'entre eux.
Cette découverte, fortuite par deux gamins de neuf ans en mai, est "unique en Europe", affirme Bent Anthonisen, un Danois expert dans l'histoire européenne des bunkers. C'est "comme entrer au coeur d'une pyramide avec des momies tout autour. (...) ce que j'ai vu m'a sidéré: c'était comme si les soldats allemands l'avaient quitté hier", renchérit M. Cassoe.
Les archéologues sont tout aussi fascinés. En quelques jours, ils dégotent une foule d'objets: galons, chaussettes, sous-vêtements, bottes, pot de moutarde ou encore flacon d'eau de vie, livres, encriers, timbres à l'effigie d'Hitler, clés, etc. "C'était une course contre la montre avec les pilleurs de tombe", raconte M. Anthonisen.
Face à la médiatisation de cette découverte, la plage de Krylen est devenue l'attraction de l'été pour des milliers de touristes, surtout danois et allemands.
Infatigable, M. Anthonisen dévoile avec passion l'intérieur d'un de ces colosses de béton et de fer où neuf soldats et leur commandant ont vécu pendant cinq ans, dans 20 m².
Les réactions sont toutefois contrastées. "Cette découverte peut être comparée à celle de la tombe de Toutânkhamon. Elle doit être préservée. Faire exploser ces bunkers, comme certains le suggèrent, serait comme nier que la seconde Guerre mondiale a existé", estime Ole Becher de Holstebro dont le grand-père résistant a été dénoncé à la Gestapo.
A l'inverse, Mogens Kock Hansen se dit "écoeuré que l'on veuille attirer des touristes avec ce genre de déchets".
Le directeur du musée de Ringkoebing-Skjern, Kim Clausen, relève que s'il "ne s'agit pas d'une découverte de l'âge de bronze", elle est "incroyablement authentique" et constitue une source d'information sur la vie quotidienne dans ces bunkers.
Au centre de conservation du musée à Oelgod, à une trentaine de kilomètres de la mer, où tous les objets ont été ramenés pour être traités et triés, le conservateur allemand Gert Nebrich, souligne que "cette trouvaille est très intéressante car rarissime".
Il note l'exceptionnelle qualité de conservation des objets, sans doute "parce qu'enfermés pendant 60 ans dans le froid et le noir" avant de dévoiler deux timbres à l'effigie du Führer très bien conservés. M. Anthonisen affirme que ces timbres ont "servi à envoyer des cadeaux aux familles des soldats lors du Noël 1944".
"Ce genre de découvertes insuffle une nouvelle vie à l'histoire et à la fascination qui opère toujours autour de cette dernière guerre", résume dans un éditorial le quotidien 'Ringkoebing-Skjern Dagbladet'