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Le veuf de l'ancien Premier ministre Benazir Bhutto, élu samedi chef de l'Etat, a recueilli les suffrages de 481 des 702 membres du collège électoral formé des deux chambres du Parlement et des quatre assemblées provinciales.
Bien qu'il n'ait jamais été condamné, le nouveau président, soupçonné de corruption et d'assassinat, reste marqué par les onze années qu'il a passées en prison et les doutes quant à son aptitude à gouverner continuent à peser lourdement dans l'opinion.
La polémique sur la réintégration des juges de la Cour suprême limogés par son prédécesseur Pervez Musharraf, qui a fait voler en éclat la coalition au pouvoir depuis six mois, n'a pas arrangé les choses.
Pour beaucoup, Zardari, chef de file du Parti du peuple pakistanais (PPP) depuis l'assassinat de son épouse, en décembre, est revenu sur sa promesse de peur que les magistrats ne relancent les poursuites à son encontre.
"Les défis à relever sont énormes. Pour commencer, il va devoir transformer rapidement et de fond en combles son image d'habile politicien (...) indifférent à la parole donnée et à sa crédibilité", souligne l'éditorialiste de The News, auquel le quotidien Dawn fait écho.
"M. Zardari, renchérit ce dernier, doit dissiper son image d'affairiste adepte des ententes secrètes, mais dépourvu des qualités nécessaires à un homme d'Etat."
SOUVERAINETÉ EN PÉRILEtats-Unis en tête, les partenaires d'Islamabad tout comme les investisseurs étrangers souhaitent que son élection mette fin à l'instabilité politique et à la guérilla islamiste qui, toutes deux, gagnent du terrain depuis plusieurs mois.
La traduction dans les faits de la promesse du président, qui s'est engagé à renoncer à son pouvoir de dissolution de l'Assemblée, constituera un premier test.
"Si M. Zardari ne tient pas parole, son crédit et son engagement démocratique seront à nouveau contestés", poursuit l'éditorialiste de Dawn.
La presse insiste par ailleurs sur l'urgence à redresser une économie mise à mal par une inflation de 25%, une roupie en berne et un déficit public béant.
"Le gouvernement de coalition emmené par le PPP, aux affaires depuis six mois, n'est pas parvenu à dégager les sommes nécessaires pour relancer l'économie", note Dawn.
Sur le front de l'insécurité, Zardari, ancien homme d'affaires proche de Washington, s'est engagé à poursuivre la lutte éminemment impopulaire contre la guérilla islamiste, entamée par Musharraf. Saluant son élection, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice s'est félicitée de cette promesse.
Reste que le chef de l'Etat prend ses fonctions sur fond de tensions avec les Etats-Unis, après le raid meurtrier mené mercredi par les forces américaines du côté pakistanais de la frontière afghane.
"La souveraineté du pays est en péril", avertit The News, tandis que Dawn juge les relations américano-pakistanaises au plus mal depuis les attentats du 11-Septembre.
"M. Zardari doit s'employer à dissiper la crise (...) Il est tout simplement trop risqué de laisser les américains claquer la porte au nez du Pakistan", ajoute son éditorialiste.
Reuters