Bienvenue à toutes et à tous sur mon blog politique. Vous y trouverez mes textes ou ceux de mes collaborateurs, des articles intéressants, des munitions idéologiques, des blagues pour vous détendre un peu dans ce monde de brut, et quelques photos et imag
/http%3A%2F%2Fmedias.lemonde.fr%2Fmmpub%2Fedt%2Fill%2F2008%2F09%2F10%2Fh_4_ill_1093495_cathedrale-rouen.jpg)
Onze milliards d'euros. C'est le montant des travaux dont ont besoin les monuments historiques classés en France pour être remis en état. Le chiffre, que donnent le ministère de la culture et les acteurs du secteur, a de quoi décourager, si on le compare au budget de ce ministère (2,9 milliards d'euros). D'autant que la situation s'aggrave : le devis a augmenté de 4 milliards d'euros depuis 2002. En 2007, dernier recensement connu, 41 % des monuments classés présentaient un "état sanitaire défectueux", contre 32 % en 2002. Et 2 844 d'entre eux étaient en situation de péril, souligne le "Rapport sur l'état du parc monumental français".
C'est une habitude : chaque année, le lancement des Journées du patrimoine, les samedi 20 et dimanche 21 septembre, est l'occasion de rappeler l'état catastrophique des cathédrales, chapelles et châteaux. Mardi 9 septembre, deux heures avant que la ministre de la culture, Christine Albanel, ne place le 25e anniversaire de cette fête sous le thème Patrimoine et création, le Groupement français des entreprises de restauration des monuments historiques (GMH) et l'association de propriétaires privés La Demeure historique ont agité le spectre de journées "bientôt sans patrimoine".
"Il n'y a pas eu d'amélioration en 2008. Nous avons consolidé la mauvaise situation", résume Eric Eschlimann, président du GMH. Le budget de l'Etat consacré aux monuments historiques a fondu de 20 % depuis 2007, passant de 380 millions d'euros de crédits de paiement à 303 millions d'euros.
Les crédits délégués aux antennes en région du ministère, les directions régionales des affaires culturelles (DRAC), ont baissé de 20 % à 40 %. Pire, souligne M. Eschlimann, "les DRAC cumulent un endettement de près de 600 millions d'euros. Dans des régions comme la Bourgogne ou le Rhône-Alpes, aucun chantier de restauration n'aura été lancé en 2008". Conséquence : à la veille des arbitrages budgétaires 2009, les entreprises de restauration et les propriétaires privés espèrent seulement "conserver un budget de 300 millions d'euros", alors que le secteur et le gouvernement estiment les besoins à 400 millions d'euros par an.
LOIN DES PROJECTEURS
L'Etat essaie, depuis 2005, de répondre à l'urgence en débloquant des fonds exceptionnels : 100 millions d'euros prélevés sur la privatisation des autoroutes en 2006, puis 70 millions d'euros issus des droits de mutation en 2007. "Pouvoir affecter une ressource pérenne et extrabudgétaire aux monuments historiques serait formidable", avait assuré Mme Albanel en 2007, répondant à une demande du secteur. La ministre de la culture avait envisagé une taxe sur les nuits d'hôtel. On évoque aujourd'hui le PMU ou les jeux en ligne. "J'ai bon espoir pour une dotation supplémentaire dès 2009", a indiqué Mme Albanel, le 9 septembre. Mais la ministre a repoussé toute annonce au 26 septembre, après les arbitrages budgétaires qui lui échappent.
Face à l'insuffisance de l'argent public, le GMH et La demeure historique dénoncent le manque d'incitation en direction du privé. Près de la moitié des 42 644 monuments classés et inscrits sont des propriétés privées, mais qui ne reçoivent qu'un dixième des crédits alloués au patrimoine. Ces propriétaires ont rappelé leur attachement au régime fiscal avantageux des monuments historiques, une niche que le gouvernement a un temps envisagé de plafonner. Mais ils veulent pouvoir faire appel au mécénat, dont ils sont exclus si leur monument réalise plus de 60 000 euros de recette commerciale.
La mission mécénat du ministère de la culture "est centrée sur les grands chantiers d'Ile-de-France. Les régions et le petit patrimoine sont oubliés", regrette le président du GMH. En réponse, Mme Albanel considère comme "acquis" le relèvement de 0,5 à 1 % du plafond de défiscalisation du chiffre d'affaires par les entreprises mécènes. Ce taux ne génère des sommes significatives que pour les grands groupes, qui privilégient le patrimoine prestigieux, comme Versailles. Or 65 % des monuments en péril sont situés loin des projecteurs, dans des communes de moins de 2 000 habitants.
Le Monde