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Bienvenue à toutes et à tous sur mon blog politique. Vous y trouverez mes textes ou ceux de mes collaborateurs, des articles intéressants, des munitions idéologiques, des blagues pour vous détendre un peu dans ce monde de brut, et quelques photos et imag

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Guédelon, chantier médiéval, un château à mains nues


Pas de grue, pas de tronçonneuses ni de ciment... Ce château fort est en cours de construction dans l'Yonne selon les techniques et méthodes du XIIIe siècle. Un chantier de vingt-six ans qui attire déjà 300 000 visiteurs par an.

Guédelon se situe dans l'Yonne, entre Saint-Sauveur et Saint-Amand-en-Puisaye. Depuis 1997, on y construit lentement, très lentement, un château fort, dans le respect des techniques du XIIIe siècle. Fin des travaux : 2023. Le projet force l'admiration, car il revivifie un savoir ancien, tout en assurant un emploi stable à une cinquantaine de personnes pour vingt-cinq ans !

Qui est à l'origine d'un tel projet ? Qui a bien pu trouver les ouvriers-aventuriers prêts à le réaliser ? Combien de millions d'euro faudra-t-il pour achever ce rêve ?

La réponse à ces interrogations tient en deux mots : Michel Guyot, propriétaire et conservateur de plusieurs châteaux, dont celui de Saint-Fargeau, racheté en 1976 et sauvé de la ruine.

En 1997, Michel Guyot, châtelain dans l'âme, sauveur de patrimoine, lance l'opération « Guédelon ». Il s'agit de construire un château fort à mains nues. Pas question d'utiliser des grues, des tronçonneuses, du ciment ou des poutres sur mesure prêtes à être posées. Au contraire, il va employer une cinquantaine de personnes pour hacher des arbres, extraire des pierres de la carrière et les tailler comme cela se faisait jadis. Dans la région, on rit sous cape à l'annonce du projet. Au démarrage des travaux, le monde des musées et de la conservation du patrimoine s'interroge sur le profil de ce béotien qui ose inviter des écoliers pour leur parler restauration dans les règles de l'art et de techniques anciennes de construction comme personne ne l'a jamais fait in situ.

« Guédelon nous rapproche de ceux qui ont construit Notre-Dame et le Mont-Saint-Michel, explique Florian Renucci, maître d'euvre, tailleur de pierre, licencié de philo, licencié d'histoire de l'art, sorti de khâgne et d'hypokhâgne. Nous avons en commun avec les bâtisseurs de cathédrale de réaliser un chef-d'euvre dans les mêmes conditions. »

Le maître d'euvre et ses ouvriers refusent qu'on les qualifie de passéistes et disent aux milliers de visiteurs qui les interrogent : « Nous réconcilions les époques, et sommes le plus beau des livres pour enfants. A Guédelon, une partie de notre histoire se réécrit telle quelle sous les yeux des visiteurs, et c'est ce qui leur plaît. C'est pour cela qu'ils reviennent. »

Et cela marche. Pendant qu'ils bordent une pierre (déplacent une pierre de 15 à 40 kilos) ou s'époumonent dans la cage à écureuil (roue monte-charge qu'actionne un homme marchant à l'intérieur), les ouvriers expliquent ce qu'ils sont en train de faire aux visiteurs.

« Cela présente un avantage et un inconvénient, explique-t-on sur le chantier. Nous décrivons minutieusement nos méthodes de travail, mais l'on perd un temps fou. »

Il est vrai que la cadence s'accélère avant et après l'arrivée du public. Toujours dans le respect des techniques anciennes.

Quelle que soit leur activité, les ouvriers sont vêtus d'une briaude (vêtement en lin) et d'un couvre-chef, comme c'était l'usage autrefois. Chacun transporte une toise pendue à la ceinture. Si l'on parle une même langue, il faut employer une commune mesure. Hommes et femmes sont habités d'un même goût pour la façon, l'outil et l'excellence. On ne soulève pas un bloc de pierre de 50 kilos sans des gestes calculés. A Guédelon, le squelette est un outil que ménage l'intelligence. Un tronc d'arbre ne se découpe pas n'importe comment. « Tout s'apprend », vous répète- t-on inlassablement sur place. Ainsi, chacun connaît le secret d'un bon parement pour souder à vie les pierres entre elles, tailler sans se blesser des blocs de granit, confectionner des échafaudages traditionnels, employer des outils d'un autre âge.

« Il faut deux jours pour achever une pierre d'angle du logis, nous dit ce tailleur de pierre. Préparer du mortier prend quarante-cinq minutes », affirme tel autre.

Et dire qu'il y a onze ans les premiers ouvriers entraient dans une carrière abandonnée au ceur d'une forêt ! Cinq personnes dont Maryline Martin, directrice du projet, deux tailleurs de pierre, un maçon et un charpentier. Leur mission : préparer le site pour son ouverture au printemps suivant.

« Aujourd'hui, raconte Maryline Martin, je gère une entreprise au budget de 2,5 millions d'euro ; je délivre chaque mois 50 feuilles de paie, plus des Tickets Restaurant. Notre boutique fait un chiffre d'affaires de 700 000 euro et notre site propose un grand parking et un restaurant. »

A son ouverture, Guédelon accueillait 50 000 visiteurs. Aujourd'hui, il en reçoit 300 000 par an, dont des milliers de scolaires, et, en 2005, il a fêté son millionième visiteur.

Michel Guyot, qui nous fait découvrir son chantier, n'est jamais parti perdant malgré les doutes de certaines banques, la météo et les racontars de ces braves gens qui n'aiment pas que...

En quête d'éternité, Guédelon grandit à la vitesse du travail des tailleurs de pierre. Indestructible avant que d'être fini, ce château fort au ceur d'une forêt vert chêne attire sans discrimination retraités, enfants, cervidés et rongeurs en tout genre.

Reste à savoir si, en 2023, les lapins de Guédelon seront aussi étonnés de voir Michel Guyot pénétrer dans son château que ceux qui virent, en Provence, Daudet entrer dans son moulin...

Le Figaro
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