Accusé d'avoir percuté un automobiliste puis d'avoir pris la fuite au volant de son scooter en octobre 2005, Jean Sarkozy, l'un des fils du président de la République, a été relaxé lundi par le tribunal correctionnel de Paris. A l'époque des faits, Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur. Condamné à verser 2000 euros de réparation pour "procédure abusive", le plaignant s'est dit consterné.
"Je savais que la justice était inégale, mais de là se faire condamner pour procédure abusive, c'est surréaliste". A la sortie du tribunal correctionnel de Paris, Mohammed Bellouti ne mâche pas ses mots. Il se dit "consterné" par la décision de justice qui vient d'être rendue concernant le litige qui l'opposait à l'un des fils du chef de l'Etat depuis près de trois ans. Lui qui réclamait 260 euros de frais de réparations matérielles et 4 000 euros pour son préjudice moral devra en fait verser à Jean Sarkozy 2 000 euros pour "procédure abusive". Une issue qu'il était loin d'imaginer.
"Un jeune homme imberbe"
Mohammed Bellouti l'accusait d'avoir provoqué des dégâts sur sa BMW après l'avoir embouti par l'arrière sur la place de la Concorde, en octobre 2005. Selon ses dires, le fils du président de la République avait même pris la fuite après les faits. Le plaignant avait expliqué ne pas avoir reconnu directement Jean Sarkozy, mais avoir seulement distingué "un jeune homme imberbe". Il avait néanmoins eu le temps de noter sa plaque d'immatriculation.
Comme sa compagnie d'assurance, qui demande 260,13 euros pour les dommages occasionnés, ne reçoit pas de réponse, Mohammed Bellouti dépose une plainte en février 2006, sans savoir qu'il s'oppose à Jean Sarkozy, assure-t-il. Malgré la plainte, ce dernier ne sera jamais interrogé par la police. Le plaignant finit par le citer directement devant la justice.
Fait exceptionnel pour un litige de ce genre -le plaignant ne réclame que 260 euros de réparations matérielles-, un expert judiciaire avait été désigné par le tribunal en décembre 2007. Après un examen, il avait conclu, que les dégâts constatés sur la BMW de Mohammed Bellouti n'étaient pas compatibles avec un choc contre un scooter du type de celui du fils du président. Un peu plus tard, une deuxième expertise avait donné lieu à la même conclusion. Se basant sur ces deux rapports, jugés partisans par le plaignant, la justice a donc déclaré ce lundi Jean Sarkozy "non coupable des faits qui lui sont reprochés". Et Mohammed Bellouti, qui a toujours estimé que le fils du chef de l'Etat bénéficiait d'un traitement de faveur, a été condamné pour "procédure abusive".
Un scooter -et un propriétaire- qui défraye la chronique
Un retour de bâton qui montre bien que "la justice est la même pour tous", d'après l'avocat de Jean Sarkozy, Me Thierry Herzog. "Elle a fait ce qu'elle devait faire, on ne peut pas accuser de manière téméraire", commentait-il à la sortie du tribunal. Le fils du président a toujours nié les faits, affirmant que le plaignant avait inventé un événement imaginaire pour essayer de se faire indemniser pour d'autres accidents.
Le scooter de Jean Sarkozy avait déjà attiré l'attention des médias début 2007, quand la police avait eu recours à une recherche d'empreintes génétiques pour le retrouver après un vol. La gauche avait alors estimé qu'il s'agissait d'un traitement de faveur, la recherche d'ADN, très coûteuse, étant en principe réservée aux affaires criminelles.
Elu conseiller général des Hauts-de-Seine en mars, Jean Sarkozy, 22 ans, a été désigné président du groupe UMP de cette assemblée, contre l'avis de la direction de son parti qui lui avait initialement préféré un autre candidat.
JDD