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Huit à dix ans de prison ont été requis mercredi devant le tribunal correctionnel de Bobigny contre les "leaders" présumés d'un trafic de cannabis qui avait "pris le contrôle", entre 2006 et 2007, d'une cité de Sevran (Seine-Saint-Denis), imposant "sa loi" aux habitants.
Le procureur Quentin Dandoy a demandé de ne pas juger les 37 personnes âgées de 20 à 54 ans renvoyées devant le tribunal au vu du nombre de "kilos" ou "tonnes" trafiqués à partir de la cité-Basse mais de "sanctionner les conséquences que représente ce trafic sur la vie des gens de ce quartier".
Il a reproché aux leaders présumés du trafic de s'être "arrogés le pouvoir de priver leurs concitoyens de leurs droits et libertés essentiels", "du père de famille qui ne supporte plus de baisser les yeux quand il croise ces garçons à la mère qui ne laisse pas descendre son enfant de 13 ans de peur qu'il ne soit recruté comme guetteur".
"Liberté d'aller et venir, liberté d'expression, liberté économique, respect du droit de propriété... Qui sont-ils pour priver les habitants de leurs droits fondamentaux?", a tonné M. Dandoy, debout face aux juges, et non à l'emplacement habituel du ministère public.
A Cité-basse, une cité HLM piétonne en cul de sac, le trafic s'est, "comme un virus", "nourri du mal-être social" pour "imposer sa loi et ses règles au détriment des habitants", a-t-il dit.
Ce dossier, a-t-il poursuivi, est "exemplaire", car il a "permis de mettre au jour l'ensemble des rouages d'un trafic de stupéfiants au sein d'une cité, du vendeur de barrettes à celui qui tire les ficelles, de la nourrice au petit lieutenant qui porte les sacs".
S'agissant de la dizaine de prévenus "nourrices" ayant laissé, sous la contrainte ou pour l'argent, les trafiquants utiliser leur appartement, le procureur a réclamé "compréhension et mansuétude" et réclamé des peines de 12 à 16 mois avec sursis.
Contre les "véritables donneurs d'ordre" du trafic, Icham Saad et Ouicem Kattoursi, en fuite, Kaled, Mourad et Mohamed Merahi, détenus, M. Dandoy a réclamé 10 ans contre les trois premiers, 8 ans contre les autres.
Mis en cause par des nourrices, les écoutes ou les surveillances, ils ont reconnu les faits "a minima", a regretté le procureur, qui a également requis 10 ans contre Mossa Arouche, soupçonné d'avoir, depuis sa cellule de la prison de Gradignan, permis d'approvisionner la cité grâce à ses contacts en Espagne.
Le procureur a également réclamé pour ces six hommes et Ali Koc, "intermédiaire" entre Arouche et Kattoursi, 75.000 euros d'amende.
Contre les autres, lieutenants et revendeurs présumés, il a requis de 12 mois avec sursis à 5 ans ferme et 50.000 euros d'amende.
Intervenant pour Mourad Merahi, incarcéré depuis 20 mois, condamné une seule fois pour conduite sans assurance, Me Anne Picou a estimé que le procureur lui donnait un rôle qu'il n'avait pas, lui qui n'a qu'"exécuté" en coupant et conditionnant la résine. Plus tôt, une autre avocate avait critiqué des réquisitions "disproportionnées" et plaidé pour une peine de sursis avec mise à l'épreuve.
Plusieurs avocats ont estimé qu'on voulait "faire un exemple" avec ces prévenus, rappelant que Nicolas Sarkozy, alors à l'Intérieur, était venu féliciter les policiers chargés de l'enquête après la saisie le 1er février 2007 aux domiciles de nourrices de 220 kilos de cannabis, 185.000 euros et des armes de guerre.
Les plaidoiries doivent s'achever jeudi soir, et le jugement est attendu mardi.
© 2008 AFP