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Dessin : Chaunu
Nom, adresse, date de naissance, compte en banque... Nos poubelles fourmillent de détails sur notre vie privée. Un régal pour les voleurs d'identité.
On appelle cela l'usurpation d'identité. Cette filouterie est en plein boom si l'on en croit une étude publiée hier. La police s'en inquiète surtout depuis les attentats du 11-Septembre. Dix-sept des terroristes étaient entrés aux États-Unis sous une identité volée.
En France, 6 000 dossiers de suspicion de fraudes à l'état civil sont actuellement examinés au ministère de l'Intérieur. Chaque mois, 30 000 faux permis de conduire seraient mis en circulation. Sans compter les faux titres de séjour, fausses cartes d'identité et faux passeports.
Comme on ne peut plus guère maquiller les nouvelles cartes d'identité, le plus simple, pour les escrocs, est de se faire passer pour quelqu'un d'autre. D'où l'intérêt pour nos poubelles, véritables mines de renseignements, si l'on en croit le Credoc (1). Il a mis le nez à la fois dans des poubelles d'entreprises et dans celles de 300 familles franciliennes.
Inflation de faux papiers
Les deux tiers des déchets des PME contenaient au moins un document confidentiel et, parfois, des listings d'employés. Chez les particuliers, c'est le pactole. Selon Franck Lehuédé, qui a dirigé cette étude, 20 % des poubelles contenaient des données personnelles. Dans une poubelle sur dix, on peut trouver toutes les données permettant de reconstituer une identité : nom, adresse, date et lieu de naissance. « Il est alors facile à un usurpateur d'obtenir un acte de naissance, de déclarer la perte de ses papiers et de les refaire. »
Les déclarations de pertes ou de vols de papiers d'identité se sont multipliées en quelques années. 660 déclarations enregistrées par la police en 1999. Plus de 45 000 en 2005. Aux États-Unis, selon le criminologue Christophe Naudin, 27 millions de personnes ont été victimes d'une usurpation d'identité au cours des cinq dernières années.
Cette « criminalité identitaire »alimente les filières d'immigration clandestine, les détournements bancaires et les fraudes aux organismes sociaux. En France, le cas le plus spectaculaire fut celui de cette mère de famille qui avait déclaré de soi-disant quintuplés auprès de dix-sept caisses d'allocations familiales, à l'aide de faux papiers. Elle avait empoché 22 100 € par mois pendant 28 mois, avant la découverte du pot aux roses, en 2006.
On jette souvent sans le savoir des documents personnels, note Lehuédé. « Nous avons trouvé beaucoup de photocopies de feuilles d'impôts, des feuilles de soins, de vieux relevés bancaires... Les plus insouciants sont d'ailleurs les plus diplômés, avec les personnes âgées. » Donc, promis, désormais on trie.
Bernard LE SOLLEU. Ouest France
(1) Le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie. L'étude a été commanditée par un fabricant de broyeurs de papiers.