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PARIS (AFP) — Jugeant Safé Bourada toujours aussi "dangereux" qu'il y a dix ans, le ministère public a requis vendredi la peine maximale à l'encontre de l'islamiste, soit 20 ans d'emprisonnement, pour avoir fondé un groupe qui aurait projeté des attentats en France.
Au vu de "la persistance de sa détermination et de sa dangerosité" et considérant que le prévenu, récidiviste, n'avait "tenu aucun compte de sa précédente condamnation", le procureur de la République Jean-Julien Xavier-Rolai a réclamé une "peine de neutralisation sociale".
En 1998, ce Français d'origine algérienne avait été condamné à 10 ans d'emprisonnement pour son rôle de premier plan dans l'organisation du réseau chargé de la réalisation des attentats de 1995.
Voyant en lui un "docteur es manipulations, louvoyant entre sophismes et syllogismes", le parquetier a demandé au tribunal correctionnel de Paris de le condamner à 20 ans de prison, assorti d'une période de sûreté des deux tiers.
Contre Kaci Ouarab, "l'opérationnel du groupe", et Kaïs Melliti, "homme de confiance" de Bourada, il a demandé neuf ans ferme, assortis d'une période de sûreté des deux tiers.
Trois ans, assortis d'un mandat de dépôt, ont été requis contre "les apprentis" Stéphane Hadoux et Emmanuel Nieto, deux convertis qui, "au regard de la documentation retrouvée à leur domicile sont complètement fanatisés (...) et ont essayé de fabriquer des bombes".
Par ailleurs, il a réclamé huit ans contre Samir Bouhalli, six contre Yassine Ferchichi, quatre contre Djamel Badaoui, "le financier", et enfin trois, dont deux avec sursis, contre Achour Ouarab.
L'affaire était partie en juillet 2005 d'un fait divers crapuleux: l'agression d'un prostitué transsexuel. L'interpellation des trois agresseurs avait permis aux policiers de découvrir qu'ils commettaient ces agressions afin de financer un groupe islamiste baptisé Ansar al-Fath.
Ils étaient alors remonté vers Safé Bourada qui aurait, selon eux, à sa sortie de prison, en février 2003, fondé Ansar al-Fath, un réseau se livrant au prosélytisme et au financement de la cause, notamment par le racket de prostituées.
Vendredi, le représentant du ministère public a rejeté les arguments selon lesquels l'accusation ne tient que par les déclarations de M'Hamed Benyamina, arrêté en Algérie en septembre 2005 et dont les aveux auraient été obtenus sous la contrainte. Benyamina aurait alors évoqué des projets d'attentats contre le métro parisien, le siège de la DST et l'aéroport d'Orly.
"Lorsque l'on veut vous faire croire que l'accusation a monté cette histoire à partir des déclarations d'un homme détenu dans des geôles infectes, c'est pure invention", a brocardé M. Xavier-Rolai, rappelant l'existence d'autres éléments comme ceux attestant de la participation de Kaci Ouarab "à un stage au Liban ayant pour but de commettre des attentats".
"On ne peut pas dire que ce sont les prostituées qui financent Oussama Ben Laden", ni essayer de rattacher Bourada à des attentats projetés en France, réagissait Me Alexandre Duval-Stalla.
Depuis le début, son client reconnaît soutenir les actions violentes dans les terres de jihad, comme l'Irak ou l'Afghanistan, mais pas en Europe, relevait-il, martelant que dans ce dossier, "Benyamina est le seul à avoir indiqué le nom des cibles en France". Vingt ans, "c'est une peine d'exclusion sociale, mais pas une peine utile", concluait-il. Le tribunal devait mettre sa décision en délibéré.