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Bienvenue à toutes et à tous sur mon blog politique. Vous y trouverez mes textes ou ceux de mes collaborateurs, des articles intéressants, des munitions idéologiques, des blagues pour vous détendre un peu dans ce monde de brut, et quelques photos et imag

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Prisons : la crise menace toujours


La ministre de la Justice a corrigé, hier, en toute hâte, une fâcheuse bévue. Alors que la tension monte dans des prisons surpeuplées, que les suicides s'y multiplient, comme par un effet de contagion, que les surveillants grondent contre leurs conditions de travail, la ministre n'avait pas cru bon de recevoir elle-même les syndicats de la pénitentiaire. S'en est suivie une menace de blocage des prisons avec un risque évident de déflagration.

Rachida Dati s'est rattrapée hier matin. L'appel à la grève est levé. Du personnel supplémentaire est promis. Mais la crise, pour autant, menace toujours. Évidemment, la ministre ne peut pas être tenue pour seule responsable de la situation actuelle. Elle a hérité d'un monde carcéral qui, depuis des lustres, devrait faire honte à tous les Français. On en connaît les plaies : la surpopulation, la violence interne, le taux de malades mentaux, la misère affective et sociale, les pannes de la réinsertion...

La politique de fermeté, mise en oeuvre depuis 2007, n'a pas arrangé les choses. Elle était exigée par le président de la République qui en avait fait l'un des axes de son élection. Rachida Dati mène cette politique à l'égard de toutes les formes de délinquance, en particulier celle des mineurs. Ce fut payant sur le plan politique. La majorité des Français réclament toujours plus de sécurité. Mais l'addition est là : inexorablement, la surpopulation s'aggrave. Nous en sommes à près de 64 000 détenus pour 51 000 places.

La ministre souhaite juguler cette inflation carcérale qui fait grimper la pression dans les prisons, comme la vapeur dans les cocottes-minute. Elle cherche à développer les libérations conditionnelles. Le bracelet électronique est de plus en plus employé. Mais sa politique est, en réalité, contradictoire.

Elle s'est étonnée, à juste titre, après le suicide d'un jeune détenu à Metz, du pourquoi de son incarcération. Car, enfin, parler de jeu ou de chantage pratiqué par certains jeunes détenus, c'est se rassurer à bon compte, c'est gommer leur désespoir. Mais, s'il était incarcéré à tort, ce n'était pas au nom d'une lubie de magistrat répressif, mais bien le résultat d'une politique, d'un appel continu à la fermeté.

Cette contradiction est aussi le fait de la société et des médias. Un jour, les juges sont cloués au pilori pour laxisme. Le lendemain, même lynchage, cette fois, pour excès de sévérité et mise en détention d'un innocent. Sous le règne de Rachida Dati, magistrate elle-même, la justice apparaît déboussolée. On emprisonne à tour de bras en promettant de réinsérer, sans en avoir les moyens. On punit les gamins difficiles en les enfermant, afin de les rééduquer. Les interrogations du philosophe Michel Foucault sont toujours d'actualité : est-ce en enfermant les hommes, jeunes de surcroît, qu'on les redresse vraiment ?

Pour sa défense, Rachida Dati peut faire valoir ses bonnes intentions. Les mineurs ne doivent plus être incarcérés avec les adultes, car c'est les inscrire à l'école de la récidive. Des prisons nouvelles sont en cours de construction. La ministre pourra peut-être fermer les plus délabrées. Elle a préparé une nouvelle loi pénitentiaire. Bizarrement, cette loi urgentissime est repoussée. La crise financière et économique n'attend pas. La crise carcérale, on verra plus tard. Trop tard ?


Ouest France
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