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Les magistrats ont reçu jeudi l'appui de l'ensemble des professions judiciaires pour leur journée d'action contre la politique du "tout sécuritaire" de la garde des Sceaux Rachida Dati, accusée également d'atteindre à "l'indépendance" des juges.
L'ensemble des barreaux de France, mais aussi les syndicats de surveillants de prison, de greffiers ou d'éducateurs judiciaires ont apporté leur soutien aux juges pour cette journée marquée par des rassemblements et des reports ou retards d'audience dans les tribunaux, où des motions ont parfois été lues avant l'ouverture des débats.
"L'action de Rachida Dati est catastrophique", a jugé Christophe Régnard, président de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), lors d'une conférence de presse à Paris. Il a dénoncé "un bilan très négatif, le plus mauvais de tous les gardes des Sceaux depuis très longtemps".
"Le coup médiatique ne peut constituer une politique", a-t-il ajouté, estimant que la ministre faisait preuve de "mépris" en comparant la journée d'action des magistrats à "un mouvement d'humeur".
"C'est un mouvement spontané. Il y a nécessité d'interpeller l'opinion comme les politiques sur la gravité de la situation", a souligné Simone Gaboriau, responsable parisienne du Syndicat de la magistrature (SM, gauche).
"Il ne s'agit pas d'un mouvement corporatiste, toutes les professions judiciaires nous soutiennent", a renchéri Valérie Dervieux, responsable parisienne de l'USM, entourée de représentants des syndicats d'éducateurs judiciaires, de l'Administration pénitentiaire, des greffiers et de l'Association française de criminologie.
Une délégation a été reçue en fin de matinée par le premier président de la Cour de cassation, Vincent Lamanda, et le procureur général de cette instance, Jean-Louis Nadal.
"Nous allons leur demander de saisir l'autorité compétente, c'est-à-dire le président de la République, pour expliquer nos craintes", a dit Valérie Dervieux.
En milieu de journée, plusieurs centaines de magistrats, rejoints par des avocats, se sont rassemblés sur les marches du palais, se pressant sous des banderoles et affichettes demandant "respect pour la justice" ou clamant "justice bafouée, démocratie en danger".
"Je suis là pour montrer que le pouvoir judiciaire est bafoué par la Chancellerie. La démocratie est en danger", a expliqué à l'AFP Françoise Froment, présidente de chambre et membre du Syndicat de la magistrature (SM, gauche).
"La justice spectacle n'est pas la justice de la société", protestait l'avocat pénaliste Benoît Chabert.
Dans l'après-midi, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) se réunissait pour examiner la saisine de l'USM et du SM, qui l'ont alerté la semaine dernière sur les récentes "pressions" exercées, selon eux, par Rachida Dati sur leur profession.
A Lille, Martine Aubry (PS) a dénoncé dans un communiqué "l'immixtion répétée" de Rachida Dati dans les procédures et "la mise en accusation permanente des juges".
La maire de Lille et candidate au poste de premier secrétaire du PS a assuré les magistrats de son "entier soutien".
AFP