Bienvenue à toutes et à tous sur mon blog politique. Vous y trouverez mes textes ou ceux de mes collaborateurs, des articles intéressants, des munitions idéologiques, des blagues pour vous détendre un peu dans ce monde de brut, et quelques photos et imag
La dénomination Forces de sécurité - Moudjahidins indiens renvoie au groupe Moudjahidins indiens, responsable d'une campagne d'attentats en 2008 à Jaipur (Rajasthan), Ahmedabad (Gujerat) et New Delhi. La revendication semble accréditer la piste djihadiste, alors que les autorités locales avaient initialement pointé du doigt un groupe séparatiste assamais, le Front uni de libération de l'Assam (ULFA).
Des sources policières citées par la presse indienne n'excluent toutefois pas une collaboration entre les deux mouvances. Les séparatistes mettraient leur enracinement local à la disposition d'islamistes. Mais plutôt que les obscurs Moudjahidins indiens, les services indiens privilégient la piste du Harkat-ul-Jihad-al-Islami (HuJI), un groupe islamiste né au Pakistan avant de prospérer au Bangladesh.
Le nord-est de l'Inde est le maillon faible de la cohésion géopolitique indienne. Située aux confins du Bangladesh, du Bhoutan, de la Chine et de la Birmanie, la région est un emboîtement d'ethnies en proie à des revendications identitaires exacerbées par une immigration venant du reste de l'Inde mais surtout du Bangladesh. Confronté dès l'indépendance, en 1947, à cet enchevêtrement de forces centrifuges, New Delhi avait accepté d'amputer l'Assam de sa périphérie tribale christianisée, créant ainsi en 1963 l'Etat du Nagaland, puis en 1972 ceux du Mizoram, du Meghalaya, de l'Arunachal Pradesh, du Manipur et du Tripura. Dans les années 1980, ce fut au tour de l'Assam, réduit à la portion congrue, d'être le théâtre d'une insurrection séparatiste, suscitant à son tour la rébellion du sous-groupe Bodo.
PRESSION DÉMOGRAPHIQUE
Une des sources des ressentiments locaux est l'immigration des Bangladais musulmans dans la région, qui vient ajouter un clivage religieux à la poudrière ethnique. Selon les Forces de sécurité de la frontière (BSF), l'Inde compterait un total d'1,2 million d'immigrants illégaux bangladais. Une grande partie d'entre eux s'est installée dans l'Assam voisin. A ce flux s'ajoutent les Banglandais - 65 000 depuis 2005 - entrés légalement en Inde mais qui ne sont pas retournés au pays après l'expiration de leur visa.
Une telle pression démographique attise les conflits fonciers avec les groupes tribaux, comme en a attesté la récente flambée de violences, le 3 octobre, dans le nord de l'Assam, où 55 personnes ont trouvé la mort. Les affrontements ont mis aux prises des Bodos - membres d'une tribu hindouisée - à des musulmans immigrés du Bangladesh. Deux cent mille personnes ont dû trouver refuge dans des camps. Dans ce contexte de tensions croissantes entre autochtones et migrants bangladais, certains groupes islamistes n'ont guère de mal à recruter au nom de l'autodéfense. La mosaïque ethno-religieuse de l'Assam devient un défi stratégique de plus en plus préoccupant pour New Delhi.
Le Monde