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PARIS (AFP) — Plusieurs grands laboratoires pharmaceutiques affichent une santé financière insolente et des prévisions de croissance optimistes en pleine crise économique, mais le secteur n'est pas immunisé contre le ralentissement et les bouleversements de son marché.
"Un nouvel exercice record" prévu en 2008 par le suisse Novartis, un bénéfice net de 1,92 milliard d'euros au troisième trimestre pour le français Sanofi-Aventis, numéro quatre mondial, des ventes en hausse pour Bayer, Ipsen ou Boiron: ces performances contrastent avec la déprime des autres secteurs industriels.
"Le secteur de la santé résiste plutôt bien", car "malgré la crise, les gens restent malades", avait commenté le directeur général du groupe d'analyse in vitro bioMérieux, Stéphane Bancel, en présentant ses résultats.
Mais dans le même temps, ces "grosses machines à bénéfices" suppriment de nombreux emplois: "plus de 50.000 d'ici 2012" selon Emmanuel Seve, directeur d'études chez Precepta, cabinet d'étude stratégique.
En effet, l'environnement se transforme à grande vitesse, même si "le marché mondial du médicament devrait continuer de croître de 4,5% à 5,5%" en 2009", estime le cabinet IMS dans une étude.
Dans les pays développés, les dépenses de santé sont pour l'instant relativement épargnées par la crise, car remboursées en partie par les systèmes d'assurance, mais les Etats pourraient regarder de plus près leurs dépenses.
En France, les assurés sociaux sont déjà incités à lever le pied sur les médicaments avec une franchise de 50 centimes par boîte de médicament.
Plusieurs pays d'Europe cessent de rembourser les traitements "inefficaces", et devraient poursuivre cette politique en 2009, selon IMS.
Aux Etats-Unis, ancienne locomotive pour les laboratoires, "le moteur est déjà enrayé depuis deux ou trois ans", souligne M. Seve. Le climat économique semble avoir "un impact sur les visites chez les médecins et les ventes des pharmaciens", selon IMS. Et, après l'élection présidentielle du 4 novembre, la pression pourrait s'accroître sur les prix des médicaments, affirme M. Seve.
Le ralentissement de l'économie mondiale estompe l'espoir de voir les pays émergeants prendre le relais: "comme l'industrie du luxe, la pharmacie va souffrir, au profit de dépenses plus prioritaires", selon lui.
En plus de la crise économique, les laboratoires affrontent une remise en cause de leur modèle.
Les "blockbusters de masse", ces médicaments qui s'adressent à un large public pour un chiffre d'affaires de plus d'un milliard de dollars, ont perdu du terrain. La raison: une escalade des coûts de développement et de marketing, et la concurrence des génériques dans un marché de plus en plus encombré.
D'ici à 2012, "les brevets de beaucoup de médicaments majeurs vont tomber", à l'image du Lipitor de Pfizer, le médicament le plus vendu au monde, souligne M. Seve.
L'américain Merck, l'un des seuls grands laboratoires aux résultats trimestriels décevants, a déjà beaucoup souffert d'une chute brutale des ventes d'un médicament contre l'ostéoporose pour lequel il a perdu l'exclusivité aux Etats-Unis.
Seuls les "blockbusters de spécialité" et les biotechnologies semblent pouvoir encore faire les beaux jours de laboratoires, affirment les analystes.
Ces médicaments traitent le cancer, des maladies neuro-dégénératives ou des maladies orphelines pour lesquels les traitements n'existent pas encore. Ils ciblent de petits marchés, limitant les coûts de marketing, mais sont vendus très cher.