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Ce voyage devait dit-il sauver la vie de son fils. Un voyage rémunéré 3 000 euros. Il n’était pas sans risques. « Mule » dans un réseau de trafic de stupéfiants aux ramifications entre l’Espagne et la Grande-Bretagne, Philippe Amadikoua, 32 ans, a ingéré « 59 » boulettes de cocaïne.
Poids de la marchandise : près d’un kilo. Elle a été retrouvée dans son estomac à sa descente de l’avion le 8 octobre dernier à l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry. En veste et pull Jacquard, Philippe a gardé, hier à l’audience du tribunal correctionnel de Lyon, un flegme tout britannique. Comme s’il n’ignorait pas les sanctions pénales à l’égard des passeurs. Anglais d’origine nigériane, installé à Bristol, il a été appréhendé sur le tarmac lyonnais à la faveur d’un contrôle douanier. Selon les agents, la ligne Madrid-Lyon est sensible. C’est ce qui a motivé la fouille. Positif au « narco-test », destiné à repérer des traces de drogues, il a livré son secret à l’hôpital Edouard-Herriot.
Cachée dans des « ovules de plastique », la poudre blanche était d’une grande pureté. La valeur sur le marché approche les 40 000 euros. « Pourquoi avoir accepté de transporter cette marchandise qui aurait pu vous tuer ? » lui demande le président Riffaut. En anglais, le passeur a expliqué rencontrer des « problèmes financiers ».
Pour guérir la maladie de son fils de deux ans, il a trouvé la solution au détour d’une conversation avec « deux Jamaïcains » sur le zinc d’un pub à Londres. Jouer les rôles de passeur dans le réseau d’approvisionnement, actif entre l’Espagne et l’Angleterre. Simple maillon dans la chaîne, il devait rester en transit à Lyon avant un départ vers la capitale britannique. Son escale s’est prolongée au fond d’une cellule.
Dans son interrogatoire lu à l’audience, Amadikoua a raconté l’enfer de sa mission, les « boulettes » à avaler sous la menace, les scènes d’intimidation ou la peur qu’une seule des capsules ne se perce.
Un jeu de roulette russe que le procureur Thévenot a repris dans son réquisitoire. Evoquant « le risque important », il a réclamé une peine de prison ferme et la reconduite à la frontière du prévenu. Ayant déposé des conclusions de nullité par rapport à l’arrestation d’Amadikoua à l’aéroport, Me Anne-Françoise Perrotto, l’avocate de la défense, a mis en avant la nécessité financière de son client. « Ce n’était pas une façon de s’enrichir, il n’était pas question d’en faire un gagne-pain », a-t-elle déclaré.
Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 10 novembre
Le Progrès