En commémorant hier l'Armistice, le chef de l'État a honoré – sans les réhabiliter – les exécutés de 14-18. Décryptage avec l'historien Nicolas Offenstadt.
Réhabiliter les fusillés pour l'exemple de la guerre de 14-18 : c'est le vœu exprimé par des particuliers comme ce professeur d'histoire de Toulouse, Roger Ferra, qui n'a pas hésité dernièrement à écrire à Nicolas Sarkozy pour lui raconter l'histoire de son père « choqué » quand, sur le front, il a vu désigner arbitrairement des soldats de son régiment pour le conseil de guerre. « Mon ardent souhait est que tous ceux qui ont été condamnés à mort alors qu'ils n'ont rien fait qui mérite une telle sentence soient réhabilités », confiait-il hier à la NR. C'est le vœu exprimé aussi par des associations comme la Ligue des droits de l'homme.
Pas de réhabilitation juridique
Ces particuliers comme ces associations vont sans doute estimer qu'hier Nicolas Sarkozy n'est pas allé assez loin. Au fort de Douaumont (Meuse), alors qu'il commémorait le 90e anniversaire de l'armistice du 11 novembre 1918, s'il a rendu hommage aux mutins de la Grande Guerre, à aucun moment il n'a parlé de leur réhabilitation juridique.
« Je veux dire au nom de notre nation que beaucoup de ceux qui furent exécutés alors ne s'étaient pas déshonorés, n'avaient pas été des lâches, mais que simplement ils étaient allés jusqu'à l'extrême limite de leurs forces. Ils furent les victimes d'une fatalité qui dévora tant d'hommes pas préparés à une telle épreuve », a déclaré en substance le chef de l'État.
« C'est un discours raisonnable qui tient compte de la réalité de 14-18. Le Président a dit à juste titre que ces soldats étaient des soldats comme les autres », décrypte pour la NR, Nicolas Offenstadt, auteur des Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (Odile Jacob).
Pour cet historien, « ce discours comme celui de Jospin il y a dix ans font des fusillés pour l'exemple un sujet de moins en moins tabou au niveau des hautes autorités de l'État », et il s'en félicite. « Ces soldats, grâce à ces discours mémoriels officiels, font désormais partie de l'espace public, de la mémoire douloureuse. Et je ne crois pas qu'il faille passer par une réhabilitation juridique collective. »
Nicolas Offenstadt ne croit pas non plus à la réhabilitation au cas par cas suggérée par Jean-Marie Bockel : « C'est contestable moralement. Sur quoi va-t-on estimer qu'un soldat fut un bon ou un mauvais déserteur, d'autant plus que nombre de dossiers sont minces, nombre de procès ont été bâclés et qu'il est difficile d'évaluer les procédures juridiques de 14-18 avec le droit d'aujourd'hui. »
La Nouvelle République