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Ce dossier risque de troubler les relations entre la France et l'Angola, pays clé pour Total et puissance émergente en Afrique. Après les plaidoiries de défense, le tribunal mettra sa décision en délibéré à l'automne.
Les quatre mois d'audience ont plutôt conforté les charges retenues par l'instruction du juge Philippe Courroye.
Cité comme témoin par la défense, qui entendait démontrer sa thèse le désignant comme l'agent d'un complot politique, le magistrat a complètement retourné l'assaut.
Le tribunal va donc statuer sur une litanie de paiements présumés frauduleux aux 42 personnes jugées.
Les prévenus auraient été les obligés de Pierre Falcone, principal protagoniste des ventes d'armes. Du matériel russe et bulgare a été vendu en 1993-1998 pour 790 millions de dollars avec un bénéfice de 397 millions, a exposé le tribunal.
Le cas de Samuel Mandelsaft, prévenu en fuite surnommé "Plastic Bertrand" qui venait apporter à la société de Pierre Falcone, dans des sacs en plastique, les espèces collectées chez des entrepreneurs du quartier parisien du Sentier pour dégager du "cash" a été lui aussi été évoqué.
"Un vieux monsieur en retraite, malade, souffreteux", a raconté Isabelle Delubac, ex-assistante de Pierre Falcone. Elle a admis avoir réceptionné les sacs de billets et avoir procédé aux distributions dans des enveloppes.
Selon le dossier lu à l'audience, une trentaine de millions d'euros ont ainsi été distribués entre 1993 et 2000.
"LA MAIN DANS LE POT DE MIEL"
L'écrivain Paul-Loup Sulitzer, sollicité par Pierre Falcone pour ses amis et sa connaissance des paradis fiscaux, a admis avoir été parmi les bénéficiaire de 150.000 euros : "Je reconnais avoir mis la main dans le pot de miel".
L'ex-patron de la radio RMC Jean-Noël Tassez, qui a introduit Pierre Falcone dans divers milieux, a avoué avoir accepté de l'argent pour financer sa vie avec l'actrice Charlotte Rampling (216.000 euros en espèces).
Beaucoup d'autres prévenus nient avoir perçu des espèces et justifient les virements bancaires, démontrés par l'instruction, par de supposés vrais travaux.
Jean-Christophe Mitterrand, fils aîné de l'ancien chef de l'Etat - 2,6 millions de dollars perçus en Suisse -, a assuré avoir été payé pour des travaux de "sécurisation intellectuelle" dont il ne reste aucune trace écrite.
Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand, nommé à la tête d'une commission sur la croissance par Nicolas Sarkozy - 160.000 dollars versés à sa société de consultants -, a assuré avoir étudié la mise en place du microcrédit dans un Angola en pleine guerre civile.
L'ancien ministre de l'Intérieur Charles Pasqua et son ex-bras droit Jean-Charles Marchiani, auxquels l'accusation impute l'organisation d'une "diplomatie parallèle" rémunérée, le nient. Jean-Charles Marchiani a expliqué qu'il avait effectué une "mission de paix pour l'Onu".
Grands absents du procès, les officiels angolais n'ont jamais été poursuivis.
Le président angolais Eduardo dos Santos et une quinzaine de ses proches ont perçu une cinquantaine de millions d'euros de Pierre Falcone, a dit le président du tribunal.
Quand les officiels angolais venaient à Paris, ils étaient accueillis par des "hôtesses", recrutées et payées par une amie de Falcone, Emmanuelle Dufrien, qui l'a confirmé à l'audience.
Au premier jour du procès, la République d'Angola avait mandaté en vain un avocat, Francis Teitgen, pour tenter de faire arrêter l'audience, vue comme une "atteinte à sa souveraineté".
Nicolas Sarkozy, en déplacement en Angola en mai 2008, avait parlé de "malentendus du passé" à propos du procès. Il a accordé une grâce partielle la veille de Noël à Jean-Charles Marchiani, qui a comparu détenu pour d'autres affaires.
L'Express