Une demande d’exclusion a été déposée contre le député pour son soutien à la liste opposée au PS aux municipales de 2008.
Une enquête a été ouverte pour violation du secret professionnel et recel à la suite d'une plainte de Julien Dray, visé par une enquête pour abus de confiance, a-t-on appris mardi auprès du parquet de Paris. /Photo prise le 15 novembre 2008/REUTERS/Pascal Rossignol (Reuters)
La commission nationale des conflits du PS est saisie d’une demande d’exclusion de Julien Dray. La procédure disciplinaire est sans rapport avec l’enquête préliminaire qui vise le député, mais elle a été engagée par la section du PS de Saint-Michel-sur-Orge (Essonne), l’une des cinq villes de son fief électoral. Les socialistes de Saint- Michel n’ont pas accepté la défection de Dray lors du second tour des élections municipales de 2008. Le député avait alors soutenu le maire sortant (divers gauche), Georges Fournier, contre la liste du PS et des Verts, portée par Jean-Louis Berland (PS), régulièrement investie.
«Triplé». Le conflit semble avoir commencé, fin 2007, par le refus du PS local de voir parachuté sur sa liste Thomas Persuy, le militant et permanent de SOS Racisme, justement soupçonné par Tracfin (organisme antiblanchiment) d’avoir encaissé, puis reversé des fonds à Julien Dray (1). «Thomas est venu faire du porte à porte, raconte un élu socialiste. En juin 2007, Julien l’a affecté ici sur la permanence. Thomas s’est inscrit sur les listes électorales de Saint-Michel-sur-Orge, en se domiciliant chez un adhérent. Puis Julien nous a été demandé de le prendre sur la liste socialiste aux municipales de Saint-Michel, de le placer en position éligible, et d’en faire un adjoint au maire. Notre liste était une liste d’union avec les Verts. Il n’y avait plus de place.»Olivier Léonhardt, le maire de Sainte- Geneviève-des-Bois (Essonne) et ancien collaborateur de Julien Dray dans les années 90, intervient. «Léonhardt a fait pression sur nous, au nom de Julien Dray. Il nous a dit que si l’on voulait que Julien nous aide, il fallait prendre Thomas, son assistant parlementaire. Il a insisté lourdement, mais c’était impossible pour nous.» Le PS de Saint-Michel se met en ordre de marche avec un second handicap. Leur adversaire, le maire sortant, Georges Fournier, est l’un des piliers de la communauté d’agglomération du Val d’Orge, présidée par le conseiller général (divers gauche) de Sainte-Geneviève-des-Bois, Pierre Champion. «Pierre Champion, qui est l’un des vice-présidents du conseil général, ne voulait pas qu’on entre dans l’agglo, explique l’un des candidats PS. Il préférait que la ville bascule à droite.»«Ici, le patron, c’est Champion», signale un autre militant. C’est Pierre Champion qui a cédé son fauteuil de maire de Sainte-Geneviève-des-Bois à Olivier Léonhardt, fraîchement élu conseiller municipal, en 2001. Ingénieur et ancien directeur des services techniques de la ville, Champion est devenu simultanément président de la communauté d’agglomération - présidence qu’il cédera en 2008 à Léonhardt. «Dray, Léonhardt et Champion forment un triplé solide», confirme Henri Prévot, conseiller municipal UMP à Sainte-Geneviève.
Affiches. En 2008, c’est dans le bureau de Champion que Dray exige du socialiste Jean-Louis Berland qu’il fusionne sa liste avec le maire sortant de Saint-Michel-sur-Orge, les deux listes étant arrivées au coude à coude au premier tour. Le PS local refuse. «On avait toujours le soutien national. On ne nous avait pas retiré l’investiture»,souligne un élu socialiste. «A défaut de réserves de voix sur la ville, Georges Fournier collecte le soutien des maires et élus des alentours. L’objectif est de faire pression pour le retrait de notre liste, c’est inacceptable»,préviennent les tracts de la liste du PS-Verts. Julien Dray prend ouvertement position contre la liste socialiste et fait même imprimer des affiches de soutien. «Julien Dray, porte-parole du PS, qui se met à soutenir la liste opposée à celle du PS, il faut le voir pour le croire ! s’indigne un jeune militant. C’était de la pure folie.» Les socialistes de Sainte-Geneviève-des-Bois viennent aussi faire la campagne de l’adversaire. «Des copains du PS de la ville d’à côté passaient devant nous en distribuant les tracts de la liste d’en face !» D’autres effectifs sont engagés. «Dans les campagnes, on a toujours un monde fou : les jeunes de SOS Racisme débarquent, confie un socialiste. Ils arrivent le matin par le RER et ils repartent le soir, à Paris. En 2007, on a eu une vingtaine d’étudiants, quotidiennement.» La ville tombe à droite.
«Mélange». «Entre les deux tours, Julien Dray a décidé tout seul de couler une liste PS», tranche un élu. «Ce qui est avéré aujourd’hui, c’est que tu ne sais plus faire la différence entre la droite et la gauche», lui écrit Arnold Stassinet, son premier collaborateur dans l’Essonne. Traduite devant la commission fédérale des conflits du PS par des proches de Dray, la section de Saint-Michel-sur-Orge sort blanchie. Elle écrit donc à François Hollande pour lui demander l’exclusion de Julien Dray, d’Olivier Léonhardt, le maire de Sainte-Geneviève et de Bernard Decaux, maire de Brétigny-sur-Orge. Le dossier est transmis à la commission nationale des conflits du PS. «Un rapporteur doit encore être désigné, précise à Libération le président de cette instance, le conseiller d’Etat Bernard Pignerol. On ne veut pas mélanger ce dossier avec l’affaire actuelle et je ne suis pas sûr qu’il soit très facile d’entendre Julien Dray aujourd’hui pour instruire un dossier d’exclusion.»
(1) Un total de 22 035 euros.