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Didier Morville, alias JoeyStarr, « n’est pas un professionnel de la bagarre » – « c’est pas mon métier », lâche le chanteur de sa voix rauque. Leila, son ex-concubine, il a juste « essayer de la maîtriser ». « La frappant au visage, lui crachant dessus, lui mordant le doigt… lui disant : « Tu pues »… Tout s’est passé devant les enfants », lit la présidente de la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris, en tenant une copie de la main courante, déposée par Leila le 23 août 2008 dans un commissariat parisien. « Nez gonflé, auriculaire mordu », avait noté le policier de service. « Des faits de violence importante », conclut la magistrate. Devant elle, à la barre, JoeyStarr croise les bras sur son pull noir et triture d’une main noueuse sa paire de grosses lunettes en verre fumé. Le leader du groupe NTM, père des deux jeunes fils de Leila, dont il vit séparé, semble soudain las : « A chaque fois, c’est pareil. C’est à l’humeur. On est tous tributaires de son humeur », dit-il à voix basse, en désignant d’un geste la jeune femme assise sur le banc des parties civiles. « J’étais venu pour récupérer mes fils. J’avais appelé mais elle m’a dit que ce n’était pas possible. Je suis arrivé à l’appartement et elle m’a dit « Si tu me touches… » et elle m’a griffé le visage. C’est pas la première fois. J’en ai marre de me faire sauter à la gueule », poursuit le rappeur à l’adresse de la présidente.
« Vous lui avez mis le doigt dans le nez !
– C’était du mauvais humour…
– Vous l’avez prise par les cheveux et plaquée au sol !
– C’est possible. On était en train de s’engueuler et de s’étriper en même temps. Elle m’a dit “Ton argent, il pue !”, j’ai craqué. Ça fait trois ans que j’entretiens ma famille. Je suis pas le genre de mec qui tape sur sa femme. »
Leila prend la place de son ancien compagnon. Elle est aussi grande que lui, très mince dans un pantalon flou et un blouson de cuir marron. Elle dégage sa frange de cheveux noirs d’une main fine et explique, d’une voix claire, avoir « énormément pâti de la notoriété » de cette histoire de violence conjugale. « Je n’étais pas dans une situation de femme battue, loin de là. Comme beaucoup de couples, on n’a pas réussi à rester ensemble. On était dans un rapport où on ne pouvait plus se parler », avoue-t-elle. « Vous lui avez griffé le visage ? », interroge la présidente. « J’étais vraiment pas contente… »
Leila tient à rappeler à la cour qu’elle a refusé de porter plainte, qu’elle a juste déposé une main courante pour « marquer le coup ». « Elle ne veut pas être à l’origine d’une condamnation », plaide son avocate, Me Nicole Milhaud. D’ailleurs, depuis les faits, le couple se « reparle ». « Ça s’est arrangé. Il m’a aidée à trouver un autre appartement et me verse une pension plus que conséquente », précise Leila.
Me Christian Saint-Palais, défenseur de JoeyStarr, exhorte, lui aussi, « la justice à la prudence ». « Vous êtes dans l’examen de l’intime du couple », à un moment où celui-ci était « dans un climat électrique, de tension et de passion », estime-t-il. « On a beaucoup caricaturé l’image de ce garçon. Vous devez l’aider à continuer son introspection », demande-t-il, rappelant que le prévenu, malgré « un casier judiciaire qui traduit la difficulté à conserver intactes toutes les digues », n’est plus sous la dépendance de la drogue.
Mais pour le procureur, « il n’en demeure pas moins que les violences sont là, des faits intolérables ». Et c’est la raison des poursuites du parquet à l’encontre de JoeyStarr, qui « a déjà été condamné, par trois fois, pour des faits de violence » –douze condamnations au total sur le casier judiciaire du rappeur depuis 1996. Quatre à six mois d’emprisonnement et une peine assortie d’un sursis partiel, sont requis. En sortant de la salle d’audience, JoeyStarr jete le contenu de sa bouteille d’eau sur les photographes qui le mitraillent. Trois mois de prison ferme et 2.000 euros d’amende sont décidés, une paire d’heures plus tard.
France Soir