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Cette fois, le ministère public peut être satisfait : la cour a rendu une décision conforme à ce qu'avait réclamé la veille l'avocat général, Jean-Claude Kross. Celui-ci ne s'était pas dérobé. Au moment de former ses réquisitions et d'en justifier la sévérité, il avait stigmatisé l'accusé. "Yvan Colonna est le tueur. Il est le bourreau", s'était-il exclamé. "On a tué un homme de chair et de sang, avait-il martelé. Pas un symbole." Interpellant la cour, Jean-Claude Kross l'avait invitée à réfléchir en retour sur "la force symbolique" de la décision qu'elle allait prendre. "Le symbole est au coeur de ce dossier. Cette symbolique doit se retrouver au niveau de la sanction", avait-il souligné.
La sanction, lourde, est tombée à l'issue d'une audience menée comme un combat par les avocats d'Yvan Colonna. Ces derniers avaient choisi d'exercer une "défense de rupture", afin de déstabiliser l'accusation. Dès le premier jour, l'accusé s'était présenté devant ses juges sans faux-semblant. "Depuis 1999, il y a une vérité absolue : Sarkozy a dit que je suis l'assassin du préfet", avait-il lancé avant de prévenir : "Comment avoir confiance en une justice où le président de la République s'est engagé contre moi."
Contrairement au précédent procès où il avait un peu fendu l'armure, cette fois Yvan Colonna a refusé d'entrer dans le processus judiciaire. Il est au contraire apparu cassant, fustigeant le président et la cour "en mission", ordonnant à sa famille de ne pas venir témoigner à la barre. "Yvan Colonna est le métronome de la mise en scène, le maître du temps", a relevé non sans raison l'avocat général.
Son départ et celui de ses avocats ont été maintes fois annoncés, avant qu'ils ne deviennent effectifs au prétexte d'un rejet de demande de reconstitution. Ce geste spectaculaire a été l'aboutissement d'une stratégie de la tension d'autant plus exacerbée qu'elle se fondait sur les fautes et les maladresses du président, Didier Wacogne, lequel, mal à l'aise dans ce conflit, a parfois eu de la peine à dissimuler sa subjectivité. Yvan Colonna et ses défenseurs avaient placé ce procès sur un terrain résolument politique et la cour n'a pas su ou pas voulu s'adapter à cette situation.
Au final, le déroulement perturbé des débats et l'absence de l'accusé les deux dernières semaines jettent une ombre sur ce procès "tumultueux", comme l'a qualifié M. Kross. Pourtant, au bout de huit semaines jalonnées d'incidents et de rebondissements, parfois favorables à l'accusé, aucun élément nouveau n'est venu innocenter Yvan Colonna. Malgré ses dénis inlassablement répétés depuis qu'il a été mis en cause, le berger de Cargèse se heurte toujours au même mur : les aveux des membres du commando qui l'ont dénoncé pendant les garde à vue entre les 21 et 24 mai 1999.
Ces aveux, précis, concordants, corroborés et circonstanciés restent plus crédibles que les rétractations formulées du bout des lèvres dix-huit mois plus tard. Et la nouvelle version livrée par les conjurés lors de cette audience pour tenter une dernière fois de disculper celui qui est désormais reconnu comme leur comparse en criminalité n'est guère plus convaincante que les précédentes.
A les en croire, Yvan Colonna aurait servi d'appât, pour permettre à d'autres complices d'échapper aux investigations policières. "Toi, ton entêtement à rester en cavale, ça a conditionné ta culpabilité", lui a lancé Pierre Alessandri, qui s'est accusé d'avoir tiré sur le préfet en septembre 2004.
Onze ans après les faits, le dossier judiciaire de l'assassinat du préfet Erignac se referme. Les avocats d'Yvan Colonna ont annoncé qu'ils se pourvoiraient en cassation. Comme a prévenu Me Antoine Sollacaro, "l'affaire Colonna vient de commencer."
Le Monde