Square Villemin sous un soleil radieux hier après-midi, dans le X e arrondissement de Paris. Un ballon de foot attend le coup de pied d’un joueur, des vélos sont sur leurs béquilles devant un kiosque à musique. A côté, policiers et experts s’affairent sur l’herbe verte, autour d’un drap blanc dissimulant un corps. Celui d’un exilé afghan, mortellement poignardé dans la région du coeur au cours d’une rixe avec d’autres exilés, vers 11 h 45.
Acette heure-là, le square Villemin, proche des berges du canal Saint-Martin et prisé des familles avec poussettes et des couples en goguette, était bondé. Depuis 2002 et la fermeture du centre de demandeurs d’asile de Sangatte (Pas-de-Calais), ce jardin public est devenu une sorte de camp de réfugiés, où près de 300 exilés, principalement des Afghans, se retrouvent avant de tenter de gagner l’Angleterre. La nuit, plusieurs dizaines installent une literie de fortune et dorment entre les toboggans ou les jeux d’enfants. Le jour, on les voit errer dans ce quartier proche des gares de l’Est et du Nord, attendant le passeur qui validera leur ticket pour la Grande-Bretagne.
« Ce drame est terrible car il va donner une image de violence de ces malheureux qui n’est pas réelle, commente Rémi Féraud, le jeune maire PS du X e arrondissement. Cette population est très pacifique et prend bien garde à ne jamais provoquer d’incidents avec les habitants. Il y a souvent des querelles et des bagarres au couteau entre eux, mais ça ne déborde jamais. »
Que s’est-il passé hier midi ? Dès que la victime a été poignardée, tous les exilés présents ont pris la fuite. Plus tard, d’autres réfugiés s’agglutinent le long des grilles du square fermé pour l’enquête. Très jeunes, totalement démunis, ils rechignent à répondre aux questions, se contentant de dire « bagarre, bagarre », sans plus de détails.
D’après les premiers témoignages, la victime aurait une trentaine d’années et serait un « pachtoune », une des ethnies d’Aghanistan, proche du Pakistan. Seuls les exilés présents au moment de la rixe ont assisté au meurtre. « On a entendu des cris et on a vu tout le monde partir en courant, alors on s’est approchés, raconte Lamia, une jeune fille qui animait un jeu de piste dans le square pour les enfants du quartier. J’ai appelé les pompiers, qui m’ont demandé de prendre le pouls du blessé, je savais pas trop où mettre mon doigt. Ses yeux étaient révulsés, il tremblait. Et tout à coup, il n’a plus bougé… » D’autres passants, médecins, ont tenté de venir en aide à la victime, en vain. Dans la rixe, un autre réfugié a été blessé. Aussitôt après le drame, Jean-Michel Centres, qui tente de venir en aide à ces exilés avec son association Exilés 10, ne cachait pas son amertume : « Cela fait des mois que nous tirons le signal d’alarme sur cette situation. Il faut prendre en compte ces exilés, leur proposer des places d’hébergement, les suivre dans la journée. Hier soir encore, j’ai constaté qu’il y avait quatre ou cinq mineurs parmi eux, abandonnés en pleine rue. Faut-il un nouveau drame comme celui-là pour être entendu ? »
Le Parisien