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REUTERS/© John Vizcaino / Reuters
Au moment de son arrestation, l'homme était en pyjama, caché dans une niche au pied d'un palmier. "Il mangeait sa gamelle de riz avec les doigts, comme un chien", a affirmé le ministre de la défense, Juan Manuel Santos. Daniel Rendon Herrera, 43 ans, alias "Don Mario", était le "narco-paramilitaire" le plus recherché de Colombie. Pour sa capture, les autorités offraient 5 milliards de pesos (1,6 million d'euros).
Jeudi 16 avril à l'aube, il a été appréhendé dans une ferme isolée de la région d'Uraba (nord), dont il est originaire. Selon le général Oscar Naranjo, chef de la police, plus de 300 policiers ont participé à l'opération, préparée depuis des mois. Il a fallu tout à la fois repérer "Don Mario" et déjouer son dispositif de sécurité, composé de 80 hommes en armes.
Le prévenu a été immédiatement transféré à Bogota. Daniel Rendon Herrera est soupçonné d'avoir commandité plus de 3 000 assassinats en Colombie. Mais accusé d'avoir introduit des tonnes de cocaïne sur le territoire américain, il devrait rapidement être extradé vers les Etats-Unis.
POUDRE D'ESCAMPETTE
"Don Mario" a commencé sa carrière dans les années 1990. Fils d'un petit éleveur de bétail, il n'est jamais allé à l'université. C'est un proche de Carlos Castaño, le fondateur des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), qui a fédéré les groupes paramilitaires d'extrême droite. Plus ou moins liées au trafic de drogues, ces milices sanguinaires prêtaient alors main-forte à l'armée dans la lutte contre les guérillas d'extrême gauche.
En 2004, dans l'espoir d'une amnistie, les chefs "paras" acceptent de négocier avec le gouvernement d'Alvaro Uribe et de désarmer leurs troupes. "Don Mario" et son frère, Freddy Rendon Herrera, dit "El Aleman" (l'Allemand), font partie du lot. Deux ans plus tard, le gouvernement exige que tous les chefs paramilitaires prennent le chemin de la prison. "Don Mario" prend, lui, la poudre d'escampette.
Profitant du fait que ses anciens camarades d'armes et concurrents potentiels sont sous les verrous, il s'impose à la tête d'un gigantesque réseau de trafic de drogue, dans le centre du pays et la région de Medellin. Mais "Don Mario" n'est pas le seul à briguer le marché. Il doit alors reconstituer une puissante milice. Et la guerre entre bandes reprend. Comme tous les mafieux, il tente à l'occasion de corrompre les institutions et la justice. Soupçonné de s'être laissé soudoyer, le chef du parquet de Medellin, Guillermo Valencia Cossio, a été mis en examen et arrêté en 2008. Il est le frère de l'actuel ministre de la justice.
Le président Uribe s'est félicité de ce coup de filet, "un soulagement pour le pays". Alonso Salazar, maire de Medellin, a rappelé que l'arrestation de "Don Mario" ne va pas mettre un terme à la violence. "La mise à l'écart d'un chef s'accompagne toujours d'une recrudescence des rivalités pour sa succession", souligne-t-il. Et personne ne croit vraiment qu'elle va freiner le trafic de cocaïne.
Le Monde