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"Bruxelles", comme repoussoir. Symbole de la bureaucratie, de l'excès de pouvoir libéral, du bon argent néerlandais "gaspillé". Artisan du "non" de 2005 avec les petits partis protestants et le populiste de droite Geert Wilders, le SP (gauche radicale) peine toutefois à mobiliser en 2009. Il a été dépassé sur sa droite par le Parti de la liberté (PVV) de M.Wilders.
Celui-ci, fort de sondages qui lui prédisent plus de 30 des 150 sièges de députés (contre 9 aujourd'hui) aux élections législatives de 2011, se rêve désormais en futur premier ministre. Et il a transformé l'élection européenne en un test grandeur nature.
Le problème pour cet homme qui revendique désormais clairement l'héritage de Pim Fortuyn, est que ses électeurs risquent bien d'imiter le reste de la population jeudi 4 juin, jour du scrutin européen aux Pays-Bas. Selon une étude de TNS Opinion, publiée le 27 mai, 30 % des Néerlandais seulement se disaient "certains" de se rendre aux urnes. Quelque 63 % des électeurs se disaient mal informés sur l'enjeu du scrutin et 53 % disaient ignorer jusqu'à la date à laquelle il avait lieu… Un record.
Voilà sans doute pourquoi le Parti de la liberté n'était crédité que de 13 % des intentions, bien loin de ses performances au plan national. M. Wilders, qui réclame "moins d'Europe, moins de Bruxelles et plus de Pays-Bas", ainsi qu'il l'a expliqué récemment sur France 24, pourrait voir dans la situation de son pays une victoire de ses idées.
Partagée entre l'indifférence et une sorte de rejet instinctif, la population semble approuver ceux qui, comme lui, délivrent un message caricatural. Le leader du PVV sait toutefois que le score de sa liste européenne influera sur la suite de sa carrière. Aussi a-t-il martelé qu'il fallait envoyer des eurodéputés du PVV à Strasbourg pour l'aider à réaliser son programme : empêcher la Turquie d'adhérer, expulser la Roumanie et la Bulgarie – "des Etats corrompus" – et réduire la Commission européenne à un rôle purement économique.
C'est Barry Madlener, 40 ans, qui emmène la liste du PVV. Ce député de Rotterdam, fervent adversaire de l'islam et d'une politique européenne de l'immigration, plaide pour une réduction des pouvoirs du Parlement européen. Dans l'une de ses rares interviews, il détaillait récemment ses principales orientations : pas de discussions avec la Turquie et lutte contre les gaspillages. L'argent néerlandais, expliquait-il, va aux paysans polonais, aux viticulteurs français, aux fonctionnaires grecs. Or, "donner de l'argent à ces pays les rend de plus en plus dépendants", avançait-il.
En jouant sur les thèmes de l'identité nationale, de la religion musulmane et de l'immigration, tous très aigus aux Pays-Bas, M. Wilders a connecté les débats européen et national. "Assez d'islam en Europe, assez d'islam aux Pays-Bas" a-t-il lancé lors d'un meeting à Rotterdam, lundi 1er juin. Au passage, il s'en est pris à ce qu'il appelle "l'élite de gauche" proeuropéenne, qui mêlerait les partis progressistes, la télévision publique et certains journaux.
Mal à l'aise, les représentants des autres partis peinent à répliquer. Leurs leaders se sont à nouveau laissés entraîner, durant la campagne, sur le terrain de l'immigration et ont privilégié un discours critique sur l'Europe, surtout invitée à mieux résoudre "les problèmes des gens", selon une formule consacrée.
Une enquête nationale réalisée auprès de 60 000 personnes vient, il est vrai, d'indiquer que 40 % des Néerlandais ont "peu ou pas de confiance" dans l'Union européenne, 32 % se disant "sans avis".
Le Monde