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Le président mexicain Felipe Calderon parle d’urgence. Dans un Mexique exsangue, confronté à la récession mondiale, à la grippe porcine et aux fluctuations des prix du pétrole, il doit urgemment redresser l’économie nationale. Avec une priorité: limiter la fuite des capitaux et récupérer les dizaines de milliards de dollars non déclarés qui quittent impunément le Mexique pour des comptes offshore.
Les rentrées fiscales annuelles du Mexique se chiffrent, selon les dernières données publiées par l’OCDE, à quelque 20% du PIB. Hors revenus pétroliers toutefois, ce pourcentage s’effondre. Comparativement, selon la banque centrale, les rentrées générées par les impôts sur les revenus et la TVA ne pèsent que pour quelque 8,8% du PIB mexicain. Un taux bien inférieur à la moyenne de 11,3% qui caractérise les pays d’Amérique latine. Le Fonds monétaire international (FMI) estime que des revenus fiscaux de 15% du PIB représentent une proportion minimale dans les pays en développement pour assurer un fonctionnement de base des infrastructures telles que services de police, de santé ou d’éducation. Du trafic de drogue
à la fuite de capitaux
Pour Felipe Calderon et son ministre des Finances Agustin Carstens, redresser l’économie du pays implique une lutte accrue contre la corruption et la criminalité, qu’il s’agisse de trafic de drogue, de blanchiment d’argent ou d’évasion fiscale. «Tous ces éléments sont liés», observe David Spencer, avocat et conseiller de l’organisation Tax Justice Network à New York. «Il est impossible de lutter contre la corruption d’un pays ou le blanchiment d’argent sans s’attaquer aussi au problème de la fuite des capitaux.»
S’il est difficile d’évaluer les montants des fonds illicites qui sortent d’un pays, l’organisation Global Financial Integrity (GFI) estime que l’équivalent de quelque 41,7 milliards de dollars quitte chaque année le Mexique pour des comptes offshore. L’essentiel de ces fonds est déposé ou transite par les Etats-Unis. «Le Mexique est le seul pays en développement qui fait frontière avec un pays industrialisé au régime démocratique. C’est ce qui explique que le flux de capitaux du Mexique vers les Etats-Unis est important», précise Raymond Baker, directeur de GFI. Et les Etats frontières comme la Californie, le Texas et la Floride, notamment, sont prompts à accueillir les capitaux mexicains. Pour un «non-résident», un numéro de passeport suffit pour ouvrir un compte bancaire américain. «Si elles sont enregistrées dans les données bancaires, les informations relatives à ces comptes ne sont pas transmises aux autorités fiscales américaines», observe Robert Goulder, rédacteur en chef des publications internationales de l’organisation Tax Analysts.
Aussi, pour avoir seulement une chance de parvenir à réformer leur pays, le président Calderon et le ministre Carstens doivent-ils pouvoir compter sur la collaboration des autorités américaines. Raison pour laquelle, dans un courrier daté de février 2009, Agustin Carstens a demandé à Timothy Geithner, secrétaire au Trésor américain, un meilleur échange d’informations sur les capitaux mexicains déposés dans les banques américaines. Bien que peu commentée, cette demande est d’une importance cruciale. «Jusqu’alors, les autorités mexicaines ne se risquaient pas à traiter le problème de l’évasion fiscale, parce que les citoyens influents bloquaient ces initiatives», observe David Spencer. Mais ce n’est pas là le seul intérêt de ce courrier. Comme le formule Robert Goulder. «Ce document est très gênant aux Etats-Unis, parce qu’il nous rappelle que les Etats-Unis sont, eux aussi, un paradis fiscal.»
Et la collaboration des autorités américaines est loin d’être assurée. «On peut imaginer que cette initiative ne ravit pas les banques des Etats de Floride, du Texas ou de Californie qui, par leur position géographique, sont les premiers bénéficiaires de cette fuite de capitaux», commente David Spencer. «Quand, au terme de son mandat, Clinton a voulu établir l’échange d’informations avec les autorités mexicaines sur les comptes détenus aux Etats-Unis par des citoyens du Mexique, l’association des banquiers de Floride s’est vigoureusement opposée à cette initiative, clamant que ses établissements allaient faire faillite. George Bush a ensuite annulé le projet», rappelle Robert Goulder. A ce jour, la réponse de Timothy Geithner à la demande d’Agustin Carstens n’est pas connue. A priori, l’administration Obama se veut plus transparente que celle de George W. Bush. Mais un échange systématique d’informations fiscales et bancaires est, pour l’heure encore, loin d’être assuré.
Le Temps