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L'instauration de la prime à la casse en Allemagne aurait-elle donné naissance à un réseau mafieux ? C'est ce que tente de démontrer le syndicat de la police anticriminelle (BDK) selon lequel 50 000 voitures auraient été revendues à l'étranger au lieu de partir, comme prévu, chez les démolisseurs.
Lancé en février pour contrer la crise de l'industrie automobile, le dispositif prévoit de verser 2 500 euros à tout propriétaire d'un véhicule d'au moins 9 ans, et qui souhaite le remplacer par une voiture neuve ou de moins d'un an. D'après le BDK, certains particuliers n'auraient pas hésité à en faire un trafic autrement plus lucratif. Après avoir remis aux autorités un faux contrat de mise à la casse et touché le fameux bonus, ces resquilleurs auraient revendu leur bien à des concessionnaires véreux. De vieilles automobiles, finalement exportées, notamment vers l'Afrique et l'Europe de l'Est.
"AIDE AU CRIME ORGANISÉ"
"Des recycleurs bien organisés font des affaires", a dénoncé, mercredi 5 août, Wilfried Albishausen, vice-président du syndicat, qui évoque "cinq à dix pour cent des véhicules soi-disant démolis".
Depuis sa mise en place, la prime à la casse a rencontré un succès exceptionnel outre-Rhin : déjà 1,7 milliard d'euros ont été versés pour quelque 680 000 automobiles. Son effet sur les ventes de voitures neuves est incontestable : de janvier à juillet, le nombre de nouvelles immatriculations a bondi de 30 % sur un an. Le programme n'en a pas moins, depuis le début, suscité l'ire des associations écologistes qui dénoncent l'absence de critères environnementaux stricts.
Mercredi, l'organisation écologiste Umwelthilfe a fait savoir que les révélations du BDK confirmaient ses pires soupçons et a brandi sa propre estimation du nombre de véhicules trafiqués : 100 000, rien moins que le double. La prime à la casse "est un programme d'aide au crime organisé", a protesté Jürgen Resch, président de l'association.
Umwelthilfe a expliqué avoir tenté, via des testeurs, de procéder à la fraude. Résultat : le véhicule, soi-disant envoyé à la ferraille, a été exporté sans difficulté en Pologne, puis en Afrique, avant d'être rapatrié... en Allemagne, doté d'une nouvelle carte grise. Si les chiffres du BDK étaient confirmés, le montant de la fraude se chiffrerait à 125 millions d'euros.
Adepte de la rigueur dans la dépense publique, le ministre des finances Peer Steinbrück n'est pas resté les bras ballants. Il a promis une vaste enquête pour tirer au clair les éventuels abus. Pour autant, le BAFA, l'organisme du ministère de l'économie chargé de traiter les demandes de prime à la casse, s'est publiquement étonné des estimations du syndicat de la police. Il affirme avoir été informé par les douanes et les autorités régionales d'une centaine de cas uniquement.