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Par Vessela Sergueva
Agence France-Presse
Sofia
L'élection présidentielle bulgare remportée par le président sortant Gueorgui Parvanov face à un ultranationaliste a permis de mesurer la montée du populisme à l'issue de la transition post-communiste et à la veille de l'adhésion de la Bulgarie à l'Union européenne le 1er janvier.
Pour la première fois depuis la fin du communisme un candidat populiste, Volen Sidérov, est parvenu au second tour où il a receuilli dimanche 24% des votes.
59% des électeurs se sont abstenus pour ne s'identifier à aucun des candidats, M.
Parvanov étant issu du Parti socialiste (PSB, ex-communiste) au pouvoir.
Accusant son adversaire d'être élu «dans les ghettos tziganes» et par la minorité turque, M. Sidérov a promis de «s'implanter au niveau local» aux élections municipales dans un an.
«Nous sommes désormais une force incontournable», a-t-il affirmé.
Qualifiant de «mafia» toute la classe politique, M. Sidérov présentait le président sortant comme l'incarnation du statu quo.
Reélu pour un second mandat de cinq ans, M. Parvanov a estimé que le vote pour son opposant était «socialement motivé». La Bulgarie où 29% des ménages vivent au-dessous du seuil de la pauvreté, sera le membre le plus pauvre des 27 de l'Union européenne l'an prochain.
«L'aboutissement de la transition du communisme vers une économie de marché est marqué par une vague populiste antilibérale nourrie par les groupes sociaux marginalisés», estime le politologue Ivan Krastev,
Jivko Gueorguiev, annalyste de l'institut Gallup, rappelle que «la Bulgarie n'est pas dans une situation unique car le populisme est présent dans toute l'Europe de l'Est, et même en Europe de l'Ouest».
Les populistes participent aux gouvernements de Pologne et de Slovaquie et le mouvement était largement présent lors des émeutes ces dernières semaines en Hongrie. Aux dernières législatives en Roumanie les ultranationalistes ont gagné près de 13%.
En Bulgarie le parti ultranationaliste Ataka de M. Sidérov avait créé la surprise aux législatives de 2005, y effectuant une percée au parlement où il compte 21 députés sur 240.
La fin de la transition en Bulgarie est illustrée par le fait que «l'opposition droite anticommuniste-gauche ex-communiste a été remplacée à élection présidentielle par une division entre les contents et les mécontents de leur place dans la société», estime un autre politologue de Gallup, Kantcho Stoïtchev.
En Bulgarie le populisme incarné par Volen Sidérov revêt la forme d'ultranationalisme en raison de la participation au pouvoir du Mouvement pour les droits et libertés (MDL), parti de la minorité turque qui constitue 10% de la population. Ce parti, ayant su préserver la paix alors que la Yougoslavie voisine était déchirée par des guerres ethniques, est depuis la fin du communisme une force politique incontournable.
L'opposition accuse ses leaders de corruption. Selon le politologue Ivan Krastev, avec la montée du populisme dont un autre représentant éminent est l'homme le plus populaire de Bulgarie, le maire de Sofia Boïko Borissov, l'échiquier politique bulgare est modifié.
Ainsi le MDL perd sa position d'arbitre entre la droite et la gauche, ne pouvant pas se ranger du côté des ultranationalistes. Ceux-ci attirent des anciens communistes durs déçus de l'évolution du Parti socialiste soutenant les milieux d'affaires, ayant accepté l'adhésion à l'OTAN et les bases américaines en Bulgarie et s'étant éloigné de l'orbite de Moscou en faveur de Bruxelles.
Quant à la droite, elle perd de son influence. Dorénavant c'est l'ex-parti communiste au pouvoir qui défend les valeurs traditionnelles des conservateurs : l'adhésion à l'UE et l'OTAN et la tolérance à l'égard des minorités.