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L’improbable débat fumeurs/non-fumeurs qui agite actuellement la France est aussi pénible que fatiguant.
Bien sûr il est navrant qu’une loi (une énième loi !) soit nécessaire pour régler une situation que la courtoisie et la prévenance, dans une société normale, devraient amplement suffire à résoudre. Mais dans un monde où nul ne soucie plus de son prochain à moins d’y être contraint on ne peut malheureusement pas s’étonner de ce genre de dérive.
Et ce qui est encore plus navrant que cette « judiciarisation » excessive des rapports humains c’est la grotesque disproportion du débat qu’elle suscite, créant de véritables déchirements dignes de l’Affaire Dreyfus.
Dans un camp comme dans l’autre les superlatifs, les invectives et les anathèmes volent bas… Il ne s’agit plus d’un aménagement de la réglementation des lieux publics, c’est une véritable croisade !
On n’interdit nullement aux fumeurs de s’adonner à leur, visiblement fondamentale, activité tabagique mais on leur demande de ne pas le faire dans des lieux clos fréquentés par certains de leurs semblables qui ne souhaitent pas respirer ces si délicieuses volutes… Cela pourrait paraître une simple civilité, ce n’est pas le cas… C’est la liberté qu’on assassine ! Aux barricades amis fumeurs devenus glorieux paladins de la résistance à l’oppression !
Vous qui, pendant tant d’années, ne vous êtes jamais souciés un seul instant des non-fumeurs sous prétexte que vous « n’avez pas vu de panneau d’interdiction et que donc rien ne vous oblige à éteindre votre clope… » vous accablez désormais leur « égoïsme », leur « esprit procédurier » et leur « intolérance» !
Rien de plus atterrant que de voir ce peuple bovinement résigné à tous les diktats du temps, dépouillé passivement chaque jour un peu plus des derniers vestiges de liberté de pensée et d’expression, applaudissant à chaque nouveau décret muselant la recherche historique ou l’expression politique, se draper tout à coup dans l’étendard de l’insoumission et se révolter avec frénésie contre l’atroce atteinte à sa petite manie tabagique !
Pas un de ces doctes libertaires ne bougera une oreille pour protester contre l’interdiction de fait du porc dans les cantines scolaires (sans parler des soupes populaires !), la disparition des sapins de Noël des établissements publics, l’uniformisation de l’information, l’excommunication de penseurs et d’écrivains non-conformes ou la révocation de professeurs mal-pensants… mais que l’on prétende leur interdire de fumer en mangeant sans se préoccuper de la table voisine et ils sont prêts à se mobiliser farouchement, à descendre dans la rue et à lutter jusqu’à la mort !
Leur histoire, leur culture, leurs traditions… peu importe ! Mais encadrer leurs petits plaisirs toxicologiques, voilà qui est intolérable ! Aux armes citoyens, la démocratie est menacée !
On a les causes qu’on mérite.
Car ne nous y trompons pas, l’interdiction de la tabagie publique c’est la porte ouverte au nazisme et à Auschwitz… rien de moins !
Et il n’est pas sans saveur de constater que beaucoup de ceux qui habituellement dénoncent avec énergie, et à juste titre, cette ignoble monomanie consistant à ramener tout débat ou toute question de société à cette période tragique de l’histoire n’hésitent pas en l’occurrence à arguer de cet argument de la menace « fââââsciste » pour stigmatiser leurs abjectes « adversaires » liberticides qui prétendent pouvoir aller au café ou au restaurant en famille sans profiter d’émanations marlboroesques, c’est-à-dire réclamer simplement une situation qui prévaut depuis des années en Italie ou en Irlande, terres sur lesquelles il faut beaucoup de mauvaise foi pour prétendre que règne l’horrible tyrannie « hygiéniste ».
Bien sûr il convient de se garder des excès nord-américains qui aboutissent à montrer du doigt celui qui a osé fumer AVANT de monter dans un bus et foutre la paix aux fumeurs dans l’espace privé ou public de plein air, mais on peut légitimement s’inquiéter de la santé et de l’avenir d’un peuple qui ne place plus sa « liberté » que dans son droit à enfumer ses voisins, à conduire ivre et à dépasser les limitations de vitesse sans être sanctionné…
Pierre Chatov pour Novopress