Trente ans de réclusion criminelle, assortis d'une peine de sûreté des deux tiers. Sans la moindre émotion, l'accusé a accueilli le verdict, rendu hier après-midi, après un délibéré de près de trois heures et demie. Il est manifeste que la cour et les jurés ont été sensibles au réquisitoire de l'avocat général, minutieux dans son approche des principaux éléments à charge et qui, en fin de propos, avait estimé que la société « devait se protéger d'individus commettant des actes monstrueux ». Au point de le suivre à la lettre dans ses réquisitions sans en atténuer le quantum. Les condamnations de cette hauteur ne sont pas légion en cour d'assises, s'agissant d'un meurtre et non d'un assassinat. Pour autant, l'accusé encourait la réclusion criminelle à perpétuité compte tenu d'une ordonnance de mise en accusation assortie d'une circonstance aggravante : « Meurtre avec cette circonstance que les faits avaient pour objet de préparer ou faciliter le vol ». Nul doute aussi que la personnalité, le passé judiciaire, le comportement pendant l'audience ont été des éléments de poids pour les jurés. Auteurs de plaidoiries incisives mettant en évidence l'absence de preuves irréfutables, les avocats parisiens Mes Verney et Beylouni, associés dans ce dossier, avaient plaidé l'acquittement. Me André Buffard, représentait la partie civile (voir nos éditions de mardi et mercredi).
Trois jours de débats
Durant les trois jours d'audience consacrés à cette affaire, depuis lundi matin, les débats ont été denses et âpres pour tenter de faire jaillir la vérité judiciaire dans ce dossier contesté. Un homme de 43 ans, Jacquy Haddouche, était accusé du meurtre d'un jeune Stéphanois de 32 ans, Sylvain Rome, que son père avait découvert mort le 27 juillet 2002 dans son appartement du cours Fauriel.
L'homme était mort des suites d'une hémorragie pulmonaire après avoir reçu deux coups de couteau. Il avait été dépouillé de son portefeuille, chéquier, carte bleue, mobile. L'enquête s'orientait vers un homme avec lequel la victime avait échangé le 15 juillet dans un bar de Saint-Étienne, « L'Endroit ».
Grâce à des éléments fournis par les clients, mais aussi à la faveur de similitudes avec d'autres dossiers, notamment quant au mode opératoire, les soupçons se portaient sur un individu originaire de Beauvais, mais présent à Saint-Étienne à l'époque.
Après avoir nié cette présence en terre stéphanoise et la rencontre avec la victime, il avait fini, au fil des auditions, par reconnaître. Il niait toutefois toute implication dans la mort violente de l'homme, indiquant, contrairement à ce que soutenait l'accusation, que leurs routes s'étaient séparées à la sortie du bar.
ALAIN COLOMBET
L'avocat général : « Se protéger de tels individus »
« La société doit se protéger d'individus qui commettent des actes monstrueux. Il doit être placé dans une situation qui ne lui permette pas de récidiver » a conclu Jacques Pin, dans son réquisitoire, après avoir repris les faits et la personnalité de l'accusé. « Les faits découlent de sa personnalité, celle d'un psychopathe qui transparaît dans sa vie délinquante. Plusieurs fois, il a endormi ses victimes, soigneusement nettoyé les lieux. Pas vu pas pris, c'est sa devise. Tout au long de la procédure, il n'a cessé de mentir. Et ici encore. Il dit des mensonges que l'on contre à chaque fois. [ ] Concernant les faits, nous avons plus que des coïncidences. » Et il a notamment insisté sur ce fameux mot sur lequel l'accusé lui avait écrit un contact dans l'audiovisuel, que la victime avait mis dans sa poche : « Bien sûr, on ne l'a jamais retrouvé dans l'appartement ! ».
Me Beylouni (défense) : « Je vous demande de douter »
L'avocat de la défense a axé sa plaidoirie sur le thème des « zones d'ombre » de l'affaire, reprenant tour à tour, les points les plus discutés, comme celui-ci : « On nous le présente comme calculateur. Il a vu plein de gens dans le bar, et il ne voudrait pas aller avec la victime faire des courses sachant qu'il va le trucider, ça ne tient pas debout ». Et encore à propos du mobile : « Après trois jours de débats, on ne connaît toujours pas le mobile. On nous parle d'un dangereux psychopathe qui tue sans intérêt et d'un homme qui tue pour l'argent. Il faudrait savoir ! Je vous demande de douter de ce qu'on vous dit pour atteindre la vérité judiciaire » Me Verney a, pour sa part, déclaré : « Si vous n'avez pas de preuves de sa présence dans le logement de la victime, faites abstraction de votre sentiment de répulsion. »
A.C.
Le Progrès.fr