Des peines d'amende de 1.000 à 3.000 euros ont été requises lundi contre deux agents de la mairie de Bobigny et trois rappeurs pour des chansons caricaturant les policiers sur un CD distribué en 2004 par la ville à plus de 4.000 collégiens et lycéens.
Le jugement a été mis en délibéré au 21 mai.
Le procureur Rémi Chaise a demandé 1.500 et 3.000 euros contre un salarié et l'ex-responsable du centre culturel municipal Canal 93, qui avait édité ce CD. Ils étaient renvoyés devant le tribunal pour "diffamation", ainsi que pour "injure publique" envers la police.
Il a requis 1.000 euros d'amende pour chacun des rappeurs renvoyés pour "diffamation" et, pour l'un d'entre eux, pour "injures publiques".
Les débats ont porté notamment sur deux titres - sur les douze du CD - évoquant des contrôles de police.
Le premier, du groupe Kam's, prête des propos racistes à un policier ("C'est pas les p'tits Noirs et les p'tits Arabes qui vont commencer à me répondre"). Le deuxième, du groupe Menaces Verbales, prête à des policiers "fachos fâchés" un flot d'injures en direction d'un jeune "bougnoule" tirées du film "Ma 6T va Cracker".
Le procureur a rappelé les objectifs du CD distribué par la mairie communiste avec un agenda aux collégiens et lycéens de Bobigny lors de la rentrée des classes 2004: "Eduquer à la citoyenneté, favoriser le dialogue entre les jeunes, rapprocher les jeunes des forces de police".
Il a jugé que ce CD revient à "caricaturer, injurier, faire penser que la police c'est ça tout le temps, toujours, tout le monde".
S'il a estimé que les rappeurs avaient eu "l'attitude la plus digne" pendant l'audience alors que l'ancien responsable de Canal 93 "jouait au chat et à la souris", il a néanmoins pointé "leur responsabilité comme porte-parole des jeunes".
Entendue comme témoin à sa demande, Catherine Peyge, adjointe au maire de l'époque et maire actuelle de Bobigny, a expliqué avoir écouté le CD avant qu'il ne soit diffusé, contrairement à ce qu'elle avait affirmé lors de l'enquête.
Interrogée sur les textes incriminés, elle a répondu : "Beaucoup de chansons qui ne paraissaient pas convenables il y a quelques années sont maintenant au programme de l'Education nationale", en référence à Georges Brassens.
Le procureur lui a reproché ensuite d'avoir manqué à "sa responsabilité sociale".
"C'est un texte, c'est de l'imagination, c'est de la liberté d'expression. On ne peut pas faire que des histoires d'amour", a répondu pour sa part Tomy Mendy, l'un des deux rappeurs présents à l'audience. "Peut-être la prochaine fois essayez une histoire d'amour", a rétorqué la présidente.
"Des gens ont vécu des situations pires que ça dans la vie réelle, là c'est de la fiction", a continué Tomy Mendy. Son demi-frère Herman Mendy a assuré: "On laisse parler le stylo".
Les avocats ont demandé la relaxe pour l'ensemble des prévenus.