L'armée libanaise poursuivait hier son offensive contre les islamistes de Fatah al-Islam retranchés dans un camp palestinien du Liban nord, au second jour des combats qui ont fait au total 58 morts.
Selon le Centre médical palestinien du camp, neuf réfugiés palestiniens ont été tués et 70 blessés dans la journée au camp de réfugiés de Nahr al-Bared, soumis à d'intenses bombardements de l'artillerie libanaise et d'où les combattants islamistes répliquaient à la mitrailleuse et à l'obus de mortier. Par ailleurs, trois militaires libanais ont été tués et plusieurs blessés. Face au siège de l'armée, Fatah al-Islam, accusé d'être lié à Al-Qaïda et aux renseignements syriens, a menacé de porter ses attaques hors de Tripoli. Les agences humanitaires ont réclamé une trêve pour permettre de secourir les civils. En fin d'après-midi, 17 civils ont pu être évacués, un corridor humanitaire ayant pu être établi en coordination avec l'armée et le Croissant rouge palestinien. Le directeur de l'Agence de l'ONU pour l'aide aux réfugiés palestiniens (Unrwa), Richard Cook, est entré en contact avec le commandement de l'armée afin d'obtenir un cessez-le-feu (1). Un convoi, composé d'ambulances et de véhicules de l'UNRWA, du Comité international de la Croix-Rouge et de la Croix-Rouge libanaise transportant des médicaments, de la nourriture et de l'eau au camp, attendait toujours d'y entrer en fin d'après-midi. Au même moment, la fumée s'élevait en épaisses volutes au-dessus du camp, où de nombreux bâtiments étaient en ruines. Des combats de rues se concentraient à ses entrées sud et est, tandis que des vedettes de la marine croisaient au large pour empêcher l'arrivée d'éventuels renforts du Fatah al-Islam. Le camp abrite environ 31 000 réfugiés. Le Premier ministre Fouad Siniora a donné dimanche le feu vert à l'armée afin qu'elle prenne les mesures nécessaires pour neutraliser les islamistes, installés dans ce camp depuis fin 2006. Les combats, les pires depuis la fin de la guerre en 1990, ont soulevé de nouvelles craintes sur la stabilité du Liban, enlisé dans une profonde crise politique surtout due à la question de la mise la mise en place d'un tribunal spécial sur l'assassinat de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri.
> NOTE
1. Une source officielle a indiqué hier soir que l'armée était prête à un cessez-le-feu si le Fatah al-Islam « met fin à ses attaques » contre ses soldats
Des îlots de non-droit
Le camp de réfugiés palestiniens de Nahr al-Bared échappe comme les onze autres camps du pays au contrôle des autorités.
Selon l'ONU, environ 400 000 Palestiniens vivent au Liban, dont environ la moitié s'entasse, dans des conditions misérables, dans les douze camps devenus au fil des années de véritables villes bâties en dur. Ils s'étaient installés au Liban après la création en 1948 de l'État d'Israël.
Leur survie repose pour l'essentiel sur l'aide fournie par l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), sur les versements irréguliers de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et l'aide des islamistes du Hamas. Mais l'Unrwa a réduit ses budgets au fil des années, suscitant de vives critiques dans les camps. Dans un contexte de misère sociale - 60 % de leurs habitants vivent sous le seuil de pauvreté - les camps, dédales de ruelles insalubres et de constructions anarchiques, sont devenus un terrain fertile pour l'extrémisme islamiste.
Fin 2006, des responsables palestiniens au Liban avaient annoncé que le Fatah al-Islam, proche d'Al-Qaïda, avait infiltré dans le pays 150 combattants arabes venus d'Irak, et que ceux-ci s'étaient installés à Nahr al-Bared.
Les soldats libanais ne sont présents aujourd'hui qu'en bordure des camps, contrôlés par les formations politico-militaires, notamment par le Fatah qui a condamné les infiltrations de combattants islamistes.
Après le début de la guerre du Liban (1975-1990), les camps avaient étendu leur superficie pour assimiler la poussée démographique. Mais l'invasion israélienne en 1982 a obligé l'OLP à quitter Beyrouth.
Après le départ en 1983 et 1984 des combattants de l'OLP de la plaine orientale de la Békaa et du nord du Liban, sous les coups de boutoir de l'armée syrienne notamment, les camps sont étroitement contrôlés par les Palestiniens pro syriens.