Plus d'un an après l'agression "surmédiatisée" d'une enseignante à Porcheville (Yvelines), le tribunal correctionnel de Versailles a condamné mercredi à 6 mois de prison ferme le lycéen qui avait filmé la scène avec son téléphone portable, après avoir condamné l'agresseur à un an ferme.
C'est au terme d'une longue procédure émaillée par plusieurs renvois que le tribunal a mis un terme à cette affaire "surmédiatisée", selon une avocate, qui remonte au 24 avril 2006 au lycée Lavoisier de Porcheville.
Jugés dans le cadre de deux procédures distinctes, les deux lycéens ont, selon leurs avocates respectives, écopé de peines "sévères", "excessives" et "exemplaires", "au regard de la médiatisation de ce dossier".
L'agresseur, Abdoulah Welle, 20 ans, a été condamné le 15 mars à 20 mois de prison dont huit mois avec sursis pour "violence volontaire ayant entraîné une ITT (incapacité totale de travail) de moins de 8 jours" (5 jours, ndlr). Il n'a pas fait appel, selon son avocate.
Son comparse, âgé de 20 ans également, a été condamné mercredi à un an de prison dont six mois ferme pour "non-assistance à personne en danger et atteinte à la vie privée". Son avocate n'exclut pas de faire appel.
Tous deux devront verser chacun 5.000 euros de dommages et intérêts à leur ancien professeur qui, depuis, a quitté la région.
Se présentant en retard en cours le 24 avril 2006, Abdoulah Welle n'avait pas apprécié une remarque de son enseignante. Il lui avait alors asséné une forte claque avant de lui lancer une chaise dessus et de la rouer de coups à terre.
Après l'agression, les images filmées par son camarade, Massire Touré avaient été diffusées dans la cité du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie (Yvelines), quartier dont sont originaires les deux lycéens, et publiées dans Le Parisien-Aujourd'hui en France.
La publication des photos avait amené le parquet à reconsidérer les premières poursuites : Abdoulah Welle avait fini par être mis en examen et Massire Touré, après un mois de recherches actives, avait été arrêté et mis aussi en examen.
Au cours de débats, la question de la médiatisation a donc occupé une grande place.
Me Cécile Flécheux, avocate de la victime, absente à toutes les audiences, avait ainsi expliqué que sa "cliente avait été traumatisée par deux formes de violence, physique puis morale, après la diffusion des images dans les médias".
Selon elle, cette publication avait entraîné une dépression nerveuse chez l'enseignante pour qui une expertise psychiatrique, établie trois mois après les faits, avait conclu à 35 jours d'ITT.
La procureure avait estimé de son côté qu'"en raison des risques de banalisation, aucune tolérance ne pouvait être admise dans ce cas de violence inouïe et gratuite qui a marqué tous les esprits par sa médiatisation".
Selon l'accusation, la victime était en "situation de péril", et le prévenu-vidéaste, au "comportement déviant" était "en recherche d'un scoop" et avait causé "un grave trouble à l'ordre public".
Une version qu'a réfutée Massire Touré, expliquant avoir agi "sans raisons, sans motifs".
"Aujourd'hui, tous les élèves allument leur téléphone portable en classe. J'ai sorti le mien et j'ai appuyé sur un bouton. Je ne pensais pas que cela allait prendre de telles conséquences!", avait-il confessé.