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La préfecture du Bas-Rhin qui réclamait l'expulsion sans délai d'une trentaine de Roms de Roumanie d'un campement de Strasbourg a été déboutée vendredi par le tribunal de grande instance pour vice de procédure.
Tout en se félicitant de cette décision, le collectif Rom-Alsace, qui soutient la quarantaine de personnes vivant dans des conditions sanitaires déplorables en contre-bas d'une autoroute, a réclamé à la préfecture une "réponse d'humanité, dans le respect des droits humains".
"Le logement est la première des choses à régler, ces personnes sont demandeuses. L'expulsion n'est pas la réponse appropriée", a insisté une porte-parole au nom du collectif qui regroupe la Ligue des droits de l'Homme, la Cimade, RESF 67 et Médecins du Monde.
Dans son délibéré, le juge des référés strasbourgeois a annulé la demande de la préfecture parce que l'administration n'avait pas signifié aux intéressés une "mise en demeure" de quitter les lieux en bonne et due forme.
Il a en outre estimé que les deux fonctionnaires de la Direction interrégionale des routes (DIR) Est, qui représentaient l'Etat à l'audience de mardi dernier, n'étaient pas habilités à agir en justice au nom de la préfecture.
Les arguments de la préfecture concernant l'insalubrité, les problèmes de sécurité et de santé publiques de ce campement situé dans le quartier de Koenigshoffen, en contrebas de l'autoroute A35 ont tous été rejetés, car ils s'appuyaient seulement sur des photos ou des preuves jugées insuffisantes.
La préfecture a été condamnée à verser 800 euros aux familles pour frais de procédure.
Le campement, qui existe depuis près de deux ans, accueille une dizaine de familles, dont un bébé d'un mois et demi et plusieurs enfants, dont certains suivis par les services sociaux.
L'avocate des familles, Me Sophie Kling, s'est félicitée du jugement, se disant "étonnée qu'il y ait eu autant d'irrégularités dans la plainte".
Selon elle, "ce n'est toutefois que partie remise car il est fort probable que le préfet formulera dans les jours qui viennent une mise en demeure".
Lors de l'audience de mardi, Me Kling avait déploré les "conditions humainement catastrophiques" dans lesquelles "tentent de survivre" les familles et l'absence de solution alternative offerte par la préfecture qui réclame leur expulsion après avoir "accepté pendant près de deux ans" cette situation.
Elle avait souligné que le "droit au logement était un droit constitutionnel, au même titre que celui à la propriété".
Interrogée par l'AFP, la préfecture a assuré vendredi qu'elle n'avait jamais cessé de se préoccuper du sort de ces Roms. "Parmi les trois familles les plus anciennes dans le campement, deux ont été relogées, une troisième est en cours de logement", a indiqué vendredi une porte-parole.
Elle a expliqué que pour les autres familles, en rotation, la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS) recensait les besoins et en était au "diagnostic".
© 2007 AFP
"Qu'est ce qu'on fait, est-ce qu'on s'installe ou est-ce qu'on va encore être expulsés bientôt?". Florin Flintache, jeune Rom en France depuis six ans, expulsé pour la cinquième fois d'un squat à Saint-Etienne, peine à faire des projets d'avenir.
En 48 heures, lui et 120 autres Roms de Roumanie, expulsés mercredi d'un bâtiment EDF qu'ils occupaient depuis un an, ont transformé les salles de classes de l'école désaffectée, où ils ont été provisoirement relogés avec l'accord de la mairie, en appartements spartiates et surpeuplés.
"On a trouvé quelques matelas et une télévision à la déchetterie, un peu d'électroménager chez Emmaüs, le reste dans les poubelles, dans la rue", explique-t-il. "Avec les enfants, on est obligés de se réinstaller vite", souligne Marga Sedlak, une de ses compagnes de chambrée, balayant minutieusement la pièce divisée en trois par des tentures.
"Ici, on est onze personnes de trois familles dans la même pièce, on n'a pas d'électricité, pas de douches, et les toilettes ne fonctionnent pas toutes. C'est difficile", soupire-t-elle, en regrettant le confort du local EDF, équipé de douches, et progressivement meublé par ses occupants.
"On n'a rien eu le temps d'emmener, juste un sac avec des habits pour les enfants", indique la jeune maman.
Dans l'école désaffectée du quartier de Montplaisir, à Saint-Etienne, on s'organise pour trouver de quoi cuisiner et dormir, mais on hésite à s'installer pour de bon dans ces nouveaux locaux. "On ne sait pas quoi faire pour la rentrée: les enfants allaient à l'école dans notre ancien quartier, ils sont inscrits pour l'an prochain, mais elle est trop loin maintenant, et on ne sait pas où on sera en septembre", s'inquiète Marga.
La mairie a laissé l'école à disposition des Roms "provisoirement, pour une durée indéterminée". Le bâtiment doit être rasé et le terrain vendu à la Croix Rouge, qui doit y construire en 2008 une école d'infirmières.
"Il ne devrait pas y avoir d'expulsion avant trois mois", explique Martine Falduzzi, directrice de cabinet du maire, selon qui la municipalité veut "faire un diagnostic afin d'accompagner ceux qui le peuvent vers un emploi et aviser, pour les autres, en fonction de leur volonté d'intégration".
L'entrée de la Roumanie en Europe en 2007 permet à ces Roumains de séjourner légalement en France pour des durées de trois mois, mais ils doivent justifier de ressources pour pouvoir y rester plus longtemps. Pour travailler, il faut une autorisation, moyennant 900 euros environ et des démarches complexes. Deux Roms ont néanmoins trouvé un emploi de maçon près de Firminy (Loire) et un logement pour leur famille. Des négociations sont en cours pour plusieurs autres.
"Dans le précédent campement, un gros travail d'insertion avait été fait, tous les enfants allaient à l'école, il y avait un réseau social fort, mais tout a été cassé par l'expulsion", regrette Ana Pidoux, membre du comité de soutien des Roms.
© 2007 AFP