La première Dame argentine, Cristina Fernandez de Kirchner, a été largement élue dimanche présidente dès le premier tour de scrutin devant une autre femme, la députée Elisa Carrio, qui a reconnu sa défaite, selon des résultats partiels portant sur la moitié des suffrages.
Selon des résultats portant sur 75% des suffrages, Cristina Fernandez a obtenu 43,55% des voix contre 23,13% à Mme Carrio. L'ancien ministre de l'Economie Roberto Lavagna, remercié en 2005 par le président sortant Nestor Kirchner, arrive en troisième position avec 17% des voix.
La loi électorale argentine prévoit qu'un candidat à la présidentielle est élu dès le premier tour s'il obtient 45% des voix ou 40% avec au moins 10% d'écart sur son rival.
La première dame argentine a revendiqué sa victoire dès la publication des tout premiers résultats officiels, ce qui lui a d'abord valu une attaque en règle de sa rivale, Mme Carrio, qui a finalement reconnu son élection lundi matin.
Dans une brève déclaration devant ses partisans rassemblés dans un grand hôtel de Buenos Aires, Mme Fernandez, a remercié les Argentins et rendu hommage à son mari, le président sortant Nestor Kirchner, qui se tenait à ses côtés. Elle a appelé au rassemblement de tous, soulignant que sa large victoire ne la plaçait pas dans une "position privilégiée", mais qu'au contraire, elle l'obligeait à agir avec "responsabilité".
Si les résultats définitifs confirment les estimations, Mme Fernandez, engagé en politique sous la bannière du péronisme depuis plus de 20 ans aux côtés de son mari, le remplacera à compter du 10 décembre.
Elle sera la première présidente élue de l'Argentine mais pas la première chef d'Etat. Isabel Peron, troisième épouse de l'ex-président Juan Peron avait été investie présidente en 1974 à la mort de son mari, alors qu'elle occupait les fonctions de vice-présidente.
La victoire de Mme Fernandez, femme de caractère qui cultive l'élégance, intervient un an après l'élection à la présidence d'une autre Latino-Américaine, la Chilienne Michelle Bachelet.
Elue plusieurs fois députée et sénatrice, Mme Fernandez a déjà une longue carrière politique derrière elle. Avocate de formation, elle avait déjà triomphé il y a deux ans dans la province de Buenos Aires, distincte de la capitale argentine, mais qui représente à elle seule près de 40% de l'électorat. Elle y avait été élue sénatrice en battant, cette fois encore une femme, l'épouse de l'ancien président Eduardo Duhalde, Hilda "Chiche" Duhalde.
Les instituts de sondage s'étaient montrés unanimes en annonçant la victoire dès le premier tour de Mme Fernandez, tout au long d'une campagne qui n'avait guère soulevé l'enthousiasme des Argentins. La victoire annoncée de Mme Fernandez n'a d'ailleurs donné lieu à aucun rassemblement de ses partisans dans les lieux traditionnellement investis par les "porteños" (les habitants de Buenos Aires) en cas de réjouissance.
Le traumatisme de l'année 2001 est encore dans tous les esprits, quand en pleine débâcle économique, cinq présidents s'étaient succédé en moins d'un mois, et l'Argentine aspire désormais à la stabilité, comme elle l'a prouvé en votant massivement, mais sans passion, pour Mme Fernandez, selon certains commentateurs.
"L'économie a été le thème central de cette élection", a ainsi résumé Joaquin Morales Sola, analyste politique et éditorialiste du quotidien La Nacion, interrogé par une télévison argentine.
Après une chute de son Produit intérieur brut (PIB) de près de 11% en 2002, l'Argentine a renoué l'année suivante avec la prospérité, grâce à une croissance "à la chinoise" frôlant les 9% par an. Seule ombre au tableau, l'inflation qui devrait atteindre entre 16 et 20% cette année, selon les économistes. Le chiffre officiel, contesté, ne dépasse pas les 10%.
Tout au long d'une campagne discrète, menée en grande partie à l'étranger, Mme Fernandez ne s'est guère montrée explicite sur la politique qu'elle entend mener, se contentant de promettre la poursuite de la politique de gauche menée depuis quatre ans par son mari.