| 1. Qu'est-ce qui a augmenté ? En l'espace d'un an, les principales matières premières issues de l'agriculture ont vu leurs cours flamber : le cacao, le blé et le lait, pour ne citer que celles-là, ont enregistré des hausses spectaculaires. Sans oublier la pomme de terre, dont le prix à la tonne a atteint des sommets tout simplement impensables voilà seulement douze ou vingt-quatre mois. La plupart des céréales, le maïs, mais aussi les légumes, sont également concernés par la hausse de prix.
2. Quelles sont les causes de cette flambée ? Elles sont multiples et les économistes ont mis longtemps avant de saisir la principale. Les sécheresses et autres incidents climatiques à répétition ont été montrés du doigt, tout comme l'état des principaux stocks. Surtout, ce qui a déclenché la hausse la plus récente et la plus spectaculaire, c'est l'appétit grandissant des Chinois et des Indiens, sans oublier la démographie galopante de ces pays. C'est cette nouvelle demande, massive, qui a déréglé le marché. 3. Peut-on parler de spéculation ? Le marché des matières premières agricoles est, comme les autres, régi par la loi de l'offre et de la demande. C'est un marché global, mondial et, bien sûr, libéral. Avec ce que cela comporte d'avantages et d'inconvénient, dont celui de voir des spéculateurs venir se réfugier dans la pomme de terre, le blé et le café, lorsque la crise immobilière aux Etats-Unis les pousse à chercher d'autres terrains de jeu. Si la spéculation n'est pas la cause de la flambée des prix, elle pourrait en revanche l'aggraver.
4. Existe-t-il un risque de pénurie ? Pas encore, évidemment, mais la demande croissante, dans le monde, de produits alimentaires, inquiète, alors que les surfaces agricoles cultivées se réduisent chaque année, urbanisation oblige. Cette situation n'est déjà pas rassurante, c'est dire si les spécialistes sont inquiets lorsqu'ils constatent que les cultures dédiées à la production de biocarburants augmentent à un rythme quasiment exponentiel. Les productions dédiées à l'alimentation pourraient rapidement connaître les mêmes tensions que le pétrole, par exemple.
5. Le prix des denrées alimentaires va-t-il suivre ? C'est inévitable, et cela a déjà commencé. Le pain a augmenté en moyenne de 5 centimes d'euros à la rentrée. Lactalis, l'un des poids lourds des produits laitiers, a annoncé une hausse de prix de l'ordre de 15 % d'ici au mois de décembre. Bonduelle, l'incontournable du légume en conserve, a prévenu d'une augmentation de 10 % d'ici à la fin de l'année. Idem pour les producteurs de viande, ou encore de pâtes, qui répercutent l'augmentation du prix des céréales, dont l'augmentation moyenne a été de 20 % lors du seul mois de septembre.
6. Les répercussions sur les prix sont-elles légitimes et fiables ? Ce n'est pas évident. Michel-Edouard Leclerc, des magasins éponymes, a prévenu voilà quelques jours que « la conjoncture ne doit pas être le prétexte à une hausse des prix ». Jamais ces dernières années les entreprises agroalimentaires n'avaient été dans une position aussi favorable pour faire pression sur les incontournables centrales d'achat de la grande distribution. « Il y a une forte propension de certains fournisseurs pour augmenter les tarifs au-delà des impacts de la hausse des matières premières », témoignait dans Le Monde un cadre d'Auchan en juin dernier.
7. Cela signifie-t-il la fin de la guerre des prix ? Malgré un rapport de force qui s'est un peu rééquilibré, les distributeurs sont pour l'instant disposés à faire front pour éviter une envolée des prix. La fréquentation des supers et hypers est excellente depuis deux ou trois ans et les Carrefour, Auchan et autres ne veulent pas faire les frais de la hausse des matières premières agricoles. Pour l'instant, ils vont certainement résister à la pression et répercuter modérément. Mais si la hausse perdure, ils vont nécessairement devoir augmenter les prix pour préserver leurs marges et, donc, conserver la rentabilité que leurs actionnaires attendent
8. Quel impact sur le pouvoir d'achat des ménages ? Sachant que les produits laitiers, les céréales et les légumes augmentent, le porte-monnaie va trinquer. Et ce même si les grandes surfaces vont essayer de faire le « tampon » dans un premier temps. L'Insee n'a pas, pour l'instant, tiré la sonnette d'alarme et constate des hausses de 1,5 ou 2 % depuis l'été. Mais encore quelques mois à ce rythme et le poids de l'alimentaire (14 %) dans le budget des ménages va augmenter. Pour mémoire, il pesait 25 % dans les années soixante.
9. Que va faire le gouvernement ? Le gouvernement ne peut rien réguler, surtout sur un marché mondial. En revanche, les équipes de Nicolas Sarkozy vont tout faire pour tenter de minimiser cette envolée des prix. Même s'il n'a rien à voir avec les causes de cette inflation, on imagine mal Nicolas Sarkozy rester simple spectateur, lui qui avait fait de la hausse du pouvoir d'achat un axe fort de sa campagne. Mais, à part une baisse en conséquence des prélèvements obligatoires, le gouvernement ne peut rien faire pour aider le porte-monnaie des Français.
10. Ce phénomène va-t-il durer ? Oui, et c'est bien ce qui inquiète. La Chine et l'Inde ne vont pas arrêter de consommer, les biocarburants ne vont pas passer de mode, et l'urbanisation ne va pas perdre du terrain. Donc les matières premières vont encore augmenter car elles vont aller en se raréfiant. La grande question, quasiment philosophique du « Comment nourrir l'humanité », n'a jamais été aussi pressante. En attendant, pour se nourrir, il va falloir payer. |