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Voïvodine : les minorités ne veulent pas du retour des rapatriés de l’UE


Traduit par Jasna Andjelić


Les Hongrois et les Croates de Voïvodine craignent des changements radicaux de la structure ethnique de la province, avec le retour annoncé des migrants expulsés d’Europe occidentale. 80 à 100.000 personnes sont attendues, parmi lesquelles des Rroms du Kosovo, réfugiés politiques dont le retour pose problème : les communes de Voïvodine se refusent à les accueillir, et les conditions de leur retour au Kosovo sont loin d’être remplies..


Par Vesela Lalos et Aleksandar Djivuljskij


« Nous avons décidé de ne pas accepter la nouvelle, quatrième, colonisation de la Voïvodine qui semble se préparer », a catégoriquement déclaré Šandor Pal, dirigeant de la Communauté démocratique des Hongrois de Voïvodine. Tous les partis politiques des Hongrois de Voïvodine ont pris une position commune selon laquelle ils ne permettront pas les changements de la structure ethnique de la population des communes au Nord de la Voïvodine, parce que la Constitution interdit les changements violents de la structure ethnique de la population dans les régions ayant une présence importante de minorités. « Si les autorités étatiques persistent dans leurs intentions, nous allons provoquer un scandale international », a déclaré Šandor Pal.

« Je tiens à souligner que nous ne sommes pas des chauvinistes et que notre position ne change pas selon qu’il s’agit de Rroms, de Serbes ou d’autres nationalités de colons. Nous insistons pour que ces gens retournent dans leurs foyers, et non pas là où il y a des maisons désertes », dit Šandor Pal.

Senta manque de capacités

Le mois d’octobre a commencé avec le froid et l’avertissement public du président de la Confédération des Hongrois de Voïvodine, Istvan Pastor, que la communauté hongroise de Voïvodine craint les changements radicaux de la structure ethnique à cause du retour des rapatriés de l’Union européenne (UE) dû à la procédure de réadmission. D’après Istvan Pastor, cette peur est renforcée par les activités de la police dans le Banat et certains villages de la Bačka, qui consistent à recenser les maisons désertes pour y installer les déportés de l’UE.

Le président de la Fédération des Hongrois de Voïvodine va commencer une série d’entretiens au sujet de la réadmission avec tous les instances importantes de l’État, du Président de la République et du Premier ministre aux dirigeants des partis politiques, dans l’objectif de trouver une solution.

Le 12 octobre, l’assemblée municipale de Senta a voté à l’unanimité la décision de ne pas accepter les Rroms du Kosovo expulsés d’Europe occidentale dans le cadre de l’Accord de réadmission « parce que les conditions nécessaires ne sont pas réunies ». Le texte de la décision indique que la commune de Senta « n’est pas en capacité » d’accepter les nouveaux venus. « Ils devraient tous retourner dans leurs localités de départ », lit-on dans la décision. La commune de Senta se déclare prête à accueillir exclusivement les déportés originaires de Senta.

Le ministre de l’Intérieur Dragan Jočić a rédigé une réponse à la question qui lui a été adressée le 2 octobre par les députés de la Fédération des Hongrois de Voïvodine. Il y déclare n’avoir aucune information sur le recensement policier des maisons désertes dans les communes de la Voïvodine.

« Bien sûr qu’il y a un recensement, nous ne l’avons pas inventé. Le manque d’information du ministre est peu croyable. Sa réponse ne dément rien », dit Šandor Pal.

Les Croates ont peur

L’annonce du retour d’un grand nombre de personnes de l’étranger suite à la réadmission provoque la peur, surtout parmi les minorités, parce que cette nouvelle « colonisation » de la Voïvodine serait faite selon des principes ethniques. Dans les années 1990, les réfugiés étaient installés dans les régions qui comprenaient les minorités, ce qui a entraîné des changements radicaux de la structure ethnique précédente. Djordje Čović, président de la Communauté démocratique des Croates de Voïvodine (HDZ), souligne que le rapport entre les résidents et les nouveaux-venus a été changé de plus de 50% dans certaines villes.

« Nous avons également des informations selon lesquelles ce recensement des maisons a pour l’objectif l’installation de ces gens en Voïvodine. C’est inacceptable, ayant en vue que nous avons déjà subi une vague de colonisation. Nous allons réagir par l’intermédiaire de nos représentants légaux, mais aussi de nos partenaires de coalition pour diminuer cette pression sur la Voïvodine », a dit Čović.

Atila Juhas, maire de Senta, pense que sa ville peut accueillir seulement les personnes originaires de Senta, parce qu’il n’y a déjà pas assez de travail pour la main d’œuvre existante. « Tous ceux qui sont partis de Senta ou de ses environs sont les bienvenus, mais les gens originaires d’autres municipalités doivent retourner là-bas, sans égard à leur nationalité. Nous avons adopté cette décision à cause des difficultés économiques et du chômage à Senta. Entre 1991 et 2002, 10% de la population a quitté notre ville et nous avons actuellement 8% d’habitants au chômage », a dit Atila Juhas dans son commentaire de la décision de l’assemblé municipale.

Indignation des Rroms

« Nous sommes indignés par la position prise par l’assemblée de Senta qui refuse de recevoir les Rroms du Kosovo déportés d’Europe » », a dit quant à lui Vitomir Mihajlović, président du Conseil national des Rroms. « Les membres de l’assemblée municipale de Senta ont découvert leur vrai visage, et nous avons appris que des décisions similaires sont en préparation à Subotica et à Kanjiža. Nous comprenons que notre État a dû signer ces accords de réadmission, mais les conditions devront être plus claires. D’après nos estimations, dans le cadre de la réadmission, 80.000 personnes environ retourneront en Serbie, dont la majorité seront des Rroms qui ont travaillé en Europe occidentale. Il s’agit généralement d’immigration économique, et les seuls réfugiés politiques sont les Rroms du Kosovo », déclare Vitomir Mihajlović.

« Notre position est qu’ils ne devraient pas revenir d’Europe tant que les conditions de leur retour au Kosovo ne sont pas remplies. Nous en avons parlé hier avec le secrétaire d’État au ministère de l’Administration d’État et des Autorités locales, nous nous adresserons au gouvernement par écrit et demanderons nos droits jusqu’à Strasbourg », ajoute Vitomir Mihajlović.

Source : HVIM France
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