Les Kosovars albanais, impatients d'obtenir rapidement l'indépendance, ont donné leurs suffrages à un ex-chef de la guérilla séparatiste pour les y conduire à la veille de négociations cruciales avec Belgrade.
Le Parti démocratique du Kosovo (PDK) d' Hashim Thaci , ex-leader politique de l'Armée de Libération du Kosovo (UCK) qui a combattu les forces serbes durant le conflit de 1998-1999, est arrivé nettement en tête des élections générales kosovares samedi.
Avec 34% des voix, selon des résultats non officiels portant sur 80% des suffrages dépouillés, il a devancé de plus de 10 points la Ligue démocratique du Kosovo (LDK, 22%), fondée par l'ancien président Ibrahim Rugova décédé en 2006.
A Bruxelles, le diplomate en chef de l'Union européenne (UE) Javier Solana et le commissaire européen à l'Elargissement Olli Rehn ont salué le déroulement pacifique des élections et appelé à la formation rapide d'un nouveau gouvernement.
Le Conseil de l'Europe et le parlement européen ont, dans des rapports préliminaires, estimé que le scrutin s'est déroulé en accord avec les normes et déploré le faible taux de participation, reflet d'une insatisfaction croissante des citoyens.
A Tirana, la classe politique au pouvoir et opposition confondu, a estimé que les électeurs kosovars ont en fait voté pour l'indépendance lors d'un scrutin qui n'a fait ni vainqueur ni vaincu.
Serbes et Kosovars doivent se retrouver mardi à Bruxelles pour un face à face crucial sur le statut de la province serbe administrée par l'ONU après trois rencontres sans résultat.
Menée par une Troïka, (un Américain, un Russe et un représentant de l'Union européenne), les discussions doivent se terminer le 10 décembre et les Kosovars ont menacé de proclamer unilatéralement l'indépendance si aucun accord n'était trouvé.
La Serbie est farouchement opposée à toute forme d'indépendance du Kosovo, albanais à plus de 90% mais qu'elle considère comme le berceau de sa culture et de son histoire.
Consciente de la difficulté de sa tâche, la Troïka devrait, lors de la réunion de Bruxelles, passer à une phase "plus active" et faire des propositions, selon M. Solana.
Selon la presse, Wolfgang Ischinger pourrait proposer une "neutralité du statut" du Kosovo, c'est-à-dire une solution qui omettrait tout simplement les mots indépendance ou souveraineté.
Mais les deux protagonistes ont déjà rejeté cette idée.
"Immédiatement après le 10 décembre, nous prendrons des décisions pour le Kosovo en tant que pays indépendant et souverain", a récemment déclaré à l'AFP M. Thaci, qui fait partie de l'équipe des négociateurs kosovars aux pourparlers avec Belgrade.
Mais, si Washington est d'accord pour une déclaration unilatérale d'indépendance, l'UE reste divisée. Plusieurs pays européens, confrontés à des problèmes séparatistes, hésitent et préféreraient que le statut du Kosovo soit réglé par une résolution du Conseil de sécurité de l'Onu.
Cette solution semble toutefois impossible. La Russie, dont le soutien sans faille à la Serbie, son allié traditionnel, a surpris les analystes, a déjà fait échouer l'adoption au Conseil de sécurité d'une résolution favorable à l'indépendance.
Après le rapport, sans doute négatif, que la Troïka doit présenter le 10 décembre, Moscou et Belgrade devraient insister pour prolonger à nouveau les discussions.
A la veille de la réunion de Bruxelles, la presse serbe a laissé entendre que la position de M. Thaci, considéré par Belgrade comme un criminel de guerre, n'était pas aussi forte qu'elle pouvait sembler.
Les journaux ont souligné dimanche que la victoire de son parti avait été obtenue avec une participation particulièrement faible : 45% contre 51 aux élections de 2004.
De plus, alors que les Kosovars affirment vouloir bâtir une société multiethnique, les quelque 100.000 Serbes restés au Kosovo après la guerre ont massivement boycotté le scrutin.
Enfin, le parti de M. Thaci n'a pas atteint la majorité absolue et devra sans doute former une coalition avec la LDK rivale. C'est toutefois ce que souhaite la communauté internationale.
Les deux partis dominent la vie politique kosovare et pourront sans doute, s'ils sont unis, contrôler plus facilement leurs troupes après la date fatidique du 10 décembre.
AFP