Bienvenue à toutes et à tous sur mon blog politique. Vous y trouverez mes textes ou ceux de mes collaborateurs, des articles intéressants, des munitions idéologiques, des blagues pour vous détendre un peu dans ce monde de brut, et quelques photos et imag
Les décharges électriques sur le sexe, la serpillière gorgée d'eau plaquée sur le visage jusqu'à l'étouffement : « Sur le moment ça fait mal, mais après, c'est fini » ; « C'est plus intimidant que réel » ; « Ça ne laisse pas de traces. » Paroles de Le Pen ! A l'écran, le président du FN jette ces phrases comme pour rejeter les accusations. Non, il n'a jamais torturé durant ses trois mois d'engagé volontaire pendant la guerre d'Algérie. Il n'y a pas eu de torture en Algérie. Et puis, la gégène [outil permettant de faire circuler le courant électrique dans le corps], ce n'est pas vraiment de la torture. Un moment sidérant, happé par la caméra de José Bourgarel, auteur du documentaire La Question : Le Pen et la torture.
Un sujet à hauts risques juridiques. Non seulement la période de la guerre d'Algérie est couverte par une loi d'amnistie, mais le président du FN attaque avec constance ceux qui abordent la question. Le docu a donc été vérifié par deux pools d'avocats : ceux de France Télévisions, et ceux du producteur, la Compagnie des Phares et Balises. Par peur des fuites, aucun DVD n'a été distribué aux journalistes, seules des projections ont été organisées. Enfin, le travail est d'une honnêteté pointilleuse, d'une précision coupante. Chaque détail avancé par les anciens du FLN, qui affirment pour la première fois face caméra les sévices infligés par « le Député », « le Blond », est suivi de la réaction de Le Pen. « A partir du moment où une personne est accusée de faits graves, on se doit non seulement d'aller recueillir son sentiment, mais de lui donner un vrai temps de parole », souligne Bourgarel, qui a enregistré trois heures d'entretien.
Le film bénéficie d'un revirement de jurisprudence. Alors qu'en 1986, Libération et Le Canard enchaîné sont condamnés pour diffamation, en 1999, un tribunal donne raison à l'historien Pierre Vidal-Naquet qui emploie le terme de « tortionnaire ». Saisie, la Cour de cassation confirme. L'avocat Roland Rappaport résume : « Il aura fallu près de quarante ans, le temps de l'histoire. Le Pen ne peut être jugé pour des actes couverts pas l'amnistie. Mais la justice a déclaré qu'on pouvait cependant le qualifier de tortionnaire. » Une réponse juridique à une sacrée question.
Anne Kerloc'h - ©2007 20 minutes