«Clochard ! » « Tu vas répéter ce que tu viens de dire ? » « Eh, salaam [la paix-NDLR] par ici ! » Les esprits s'échauffent hier matin devant l'agence de voyages « Tourafrique », près de la place Gabriel-Péri à Lyon. Une trentaine de pèlerins musulmans, parfois à bout de nerfs, attendent d'entrer dans la salle déjà pleine à craquer.
Venus du Rhône, de l'Ain et de l'Isère, mais aussi de la Loire et de Saône-et-Loire, ils sont nombreux à réclamer des explications au voyagiste qui, affirment-ils, leur a vendu, directement ou par le biais d'intermédiaires, des séjours clés en main pour le pèlerinage de La Mecque, en Arabie saoudite. Problème : le départ est, selon eux, systématiquement repoussé depuis le 25 novembre, « sans aucune explication officielle ». « Ils n'ont pas d'avion et ils nous mènent en bateau ! » ironise l'un d'eux. Ahmed Barni, d'Oyonnax (Ain), affirme avoir payé, comme d'habitude, « 7 000 euros, un tarif incluant une chambre de confort réservée pour lui et sa femme » et se dit « prêt à porter plainte ». « L'an dernier, j'étais parti avec eux, je n'avais pas eu le moindre souci. Cette fois, on nous a dit : « ce sera peut-être le 25, le 26 ou le 27 novembre » et voilà le résultat ». Hana Fassi a fait le déplacement pour ses parents, qui habitent à Vienne, dans l'Isère. « Ça fait trois semaines qu'ils ne dorment plus à cause de cette histoire. Ils ont payé 5 000 euros en espèce et le départ est sans cesse repoussé. Tout cela n'est pas sérieux. » Combien sont-ils dans ce cas ? Impossible de le savoir hier. Selon une information que nous n'avons pu vérifier, quelque 450 personnes de la région auraient fait appel cette année à « Tourafrique » pour le pèlerinage de La Mecque. Le gérant de l'agence, Ridha Naimi, visiblement débordé, n'a pas donné suite à nos demandes d'interview, malgré plusieurs relances. « Nous n'avons aucune explication à donner. Si vous voulez faire un article, faites-le » abrège une de ses employées au téléphone. L'équipe s'échinait hier à obtenir les derniers visas nécessaires et se battait pour assurer l'affrètement d'un premier vol, ce mercredi après-midi, entre Lyon et Djeddah. « Ces retards ne sont pas la faute de l'agence. Il y peut y aussi avoir des personnes qui remplissent mal les demandes de visas » relativise un client avant d'ajouter : « Je suis sûr qu'on va partir. Il faut être patient ! Moi, je garde la foi. »
Nicolas Ballet
nballet@leprogres.fr
Les voyagistes soumis à des règles «strictes»
Nous avons contacté hier après-midi l'ambassade d'Arabie saoudite à Paris. Elle a indiqué ne pas avoir connaissance des « difficultés » rencontrées par les clients de « Tourafrique » et nous a renvoyé vers le consulat, qui n'était pas joignable. « Tout ce que je peux vous dire, c'est que n'avons, de manière générale, aucun retard dans la délivrance des visas, glisse Mahmoud Qattan, responsable du service politique à l'ambassade d'Arabie saoudite à Paris. Cette année, nous en avons déjà attribué environ 25 000 en France pour le pèlerinage de La Mecque. Tous sont naturellement gratuits. C'est sensiblement le même chiffre que l'an dernier. La procédure est stricte : nous donnons les visas aux agences une fois qu'elles ont reçu une autorisation du ministère à La Mecque. Pour cela, elles doivent notamment prouver qu'elles ont les capacités d'assurer le logement et le transport des pèlerins entre les lieux saints. Si les agences suivent ces recommandations, il n'y a aucune raison qu'on leur refuse quoi que ce soit. »